Mustang : Au pas, au trot, au galop !

Après cinquante ans, on a suffisamment de recul pour autopsier le coup de maître du géant américain. Histoire d’illustrer le propos, nous avons choisi trois modèles de façon pas tout-à-fait arbitraire et surtout laissé leurs propriétaires en parler comme nous avons coutume de le faire.

GT 1966, cabriolet 1967 et Boss 302 de 2013

Texte et photos Philippe Gutiérrez

Plus d’un million de Mustang sont vendues dans les vingt quatre mois qui suivent le lancement du model, le 17 avril 1964. Bravo Ford ! Si l’on regarde de plus près les chiffres du millésime 1965, réellement représentatif avec ses trois modèles cabriolet, coupé et fastback, la production totale s’établit à 559 451 exemplaires soit respectivement 73 112, 409 260 et 77 079 pour chacune des trois carrosseries. Près de 65 % d’entre elles reçoivent un moteur V8 et un peu plus de 53 % sont équipées d’une boîte de vitesses automatique. Le succès de la  Falcon a sans doute mis la puce à l’oreille de Ford qui, avec la Mustang, met sur le marché une nouvelle compacte à connotation sportive et au prix étudié (ticket d’entrée : 2 368 $ pour le coupé de base). En quelque sorte la T-Bird du prolo. Mais ce succès annoncé vient aussi du fait qu’il n’y a peu ou pas de concurrence sur ce créneau, exception faite de la Corvair de Chevrolet. Et encore, la Mustang qui a pour fondement de nombreux éléments de la Falcon peut recevoir sous son capot la plupart des moteurs de la marque alors que la Corvair, nantie d’un six-cylindres à plat en porte-à-faux arrière, ne dispose pas des mêmes atouts. Même ave le turbo compresseur, la Corvair Spyder Monza et ses 150 ch n’est pas un compétiteur gênant dans la mesure où il faut débourser 2 600 $ pour s’asseoir dans le souffre douleur du féroce Ralf Nader. Pour vous donner idée de l’ampleur du succès, à la fin de 1964, soit après seulement huit mois de production, la Mustang n’était dépassée en termes de ventes que par la Galaxie 500 chez Ford et par les Impala, Chevelle et Bel-Air chez Chevrolet. Au passage, damait le pion à la Falcon dont elle était partiellement issue. Et si on y regarde d’encore plus près, on s’aperçoit que la mise en place chaotique des chaînes de production avait pourtant fait perdre à Ford un bon paquet de clients. Les installations de Dearborn, partagées avec la Falcon, n’avaient pas une capacité suffisante. Dès juillet, on mettait une ligne en route à San José en Californie, juste avant que l’usine de Metuchen, dans le New Jersey, ne soit dédiée à la Mustang. Les retards de livraison vont refroidir l’enthousiasme des premiers jours et une fois les problèmes résolus, toute une frange de clientèle était déjà allée voir ailleurs.

Un choix difficile

Les modèles dont la production dépasse les cinquante ans se comptent sur les doigts de la main. La Coccinelle doit détenir le record. Mais les États-Unis qui sont particulièrement conservateurs recèlent des modèles qui défient le temps, à commencer par la Corvette dont la fabrication n’a jamais cessé depuis 1953. Chez nous, exception faite de la 2 CV, les DS et autres 403, qui n’ont guère dépassé les dix ans, font figure de petits joueurs. Cela pour dire que choisir une paire de Mustang au sein de cinquante ans de production n’est pas une sinécure. Partant du principe qu’il n’y a ni mauvais ni bon choix, voici l’argumentaire du nôtre.

Le coupé GT 1966

Les toutes premières années seront celles de la correction des défauts de jeunesse et surtout de l’allongement des listes d’options. En 1965, alors que presque toutes les gammes Ford évoluent, la Mustang reste quasiment la même. Le six cylindres de base de 170 ci (cubic inches) et 101 ch est remplacé par un 200 ci de 120 ch. Les autres reçoivent le V8 de 289 ci. D’office, c’est le 200 ch, mais on peut demander en option des versions de 225 et 271 ch du même moteur. La carrosserie fastback vient gonfler les rangs. S’agissant des options principales, on a le choix entre une transmission automatique ou une boîte manuelle à quatre rapports. Freins et direction assistés sont disponibles, ainsi que l’air conditionné. Nous avons arrêté notre choix sur le millésime 1966, en version GT, car c’est avec lui que les toutes premières Mustang atteignent leur maturité. La planche de bord est revue, la calandre reçoit des baguettes horizontale et la GT des stickers spécifiques. Les accessoires incluent dorénavant des antibrouillards placés en avant de la calandre. Pour la GT, seuls les V8 de 225 et 271 ch sont disponibles. La direction est plus directe, les suspensions plus dures et les freins à disques à l’avant sont de série sur les GT. C’est précisément le 289 de 225 ch (code A) qui est monté dans le coupé bleu de Carlos Montero. Son auto fait partie des quelque 607 568 exemplaires produits en 1966. C’est le record absolu pour la Mustang.