Entretien avec Henri-Jacques Citroën
LES 100 ANS DE CITROEN A LA FERTE- VIDAME . JUNE 19-20-21 2019. ANDRE CITROEN' GRANDSON, HENRI JACQUES CITROEN NEAR GRANDFATHER PORTRAIT. Photo Bernard Asset

Entretien avec Henri-Jacques Citroën

Henri-Jacques Citroën, petit-fils d’André nous a fait l’amitié de répondre à nos questions autour de la marque, de son nom, du centenaire.

  • A quel moment avez-vous compris l’importance de ce nom qui est le vôtre ?

Plus qu’importance, je dirais la notoriété. J’ai forcément remarqué cette notoriété dès l ‘école primaire quand les camarades de classe vous demandent si vous faites partie de la famille Citroën et que vous voyez votre nom inscrit sur tant de voitures ; de surcroit, à la maison, dès notre plus jeune âge, nos parents nous parlaient d’André Citroën, par fierté, mais aussi pour que nous puissions répondre aux questions qui nous étaient posées en classe. Mon père nous racontait des anecdotes relatives à son enfance et son adolescence si spéciales. Être le fils d’André Citroën, à la Belle Epoque, à l’apogée de sa gloire, laisse des souvenirs uniques.

LES 100 ANS DE CITROEN A LA FERTE- VIDAME . JUNE 19-20-21 2019. ANDRE CITROEN’ GRANDSON, HENRI JACQUES CITROEN. Photo Bernard Asset
  • Comment percevez-vous cette passion pour la marque ?

Comme quelque chose d’exceptionnel qui s’explique par la conjonction de deux phénomènes :

  • le nombre extraordinaire de voitures Citroën mythiques (Autochenilles, Rosalie, Traction Avant, 2CV, DS, Ami6, Méhari, SM, XM, C6, etc.), beaucoup plus que n’importe quelle autre marque, qui font que les collectionneurs ont pratiquement l’embarras du choix pour assouvir leur passion ;
  • la vie, l’œuvre, la personnalité fascinante d’André Citroën qui est à l’origine de l’invention de toutes ces belles voitures
  • Quel effet cela vous fait de voir votre nom sur de nombreux monuments, lieux ?

Je me dis que c’est extraordinaire que l’œuvre d’un homme, André Citroën, mais aussi sa personnalité et son charisme, aient si fortement marqué son époque que, 85 ans après sa disparition, ses réalisations et son image restent présentes dans l’esprit de tant de gens, partout dans le monde, et que des hommages lui soient si souvent rendus : combien de rues, d’écoles, de salles dans les universités portent son nom mais aussi, à Paris, un parc et une station de métro ! Visiblement, l’humanité aime les leaders qui ont mené les hommes, qui leur ont apporté des émotions et contribué à leur bien-être.

  • Est-il difficile de ne pas s’intéresser à l’automobile quand on porte un tel nom ?

Je m’y intéresse forcément dans la mesure où je participe à des rassemblements de collectionneurs qui exhibent leurs voitures anciennes avec fierté et qui me racontent mille histoires sur leurs expériences avec les voitures Citroën et le plaisir qu’elles leur procurent à eux, à leurs familles, à leurs amis. Toute famille française a une histoire à raconter à propos des voitures Citroën. Je m’intéresse évidemment à l’avenir de la Marque, en espérant qu’elle parviendra à créer des modèles originaux, qui se distinguent de ceux des concurrents, qui plairont au public et lui permettront de se maintenir comme l’une des principales Marques du monde. J’en parle périodiquement avec mon ami Pierre Leclercq qui est directeur du Design depuis quelques mois et il est pleinement conscient de sa responsabilité. Carlos Tavares, le PDG du Groupe PSA, m’a envoyé un e-mail pour me dire : « Nous essaierons d’être à la hauteur ».

  • Tout au long de cette année 2019 la marque célébrait son centenaire, quels sont pour vous les grands moments de cette année ?

Incontestablement, le Rassemblement du Siècle à La Ferté-Vidame ! Le « Woodstock » de Citroën qui a réuni environ 60.000 personnes et 4.400 voitures de collection, sur 3 jours. Ce fut un long weekend de ferveur, de gaité, de sérénité …  Les passionnés tous ensemble, déambulant tranquillement entre les multiples rangées de voitures anciennes, toutes parfaitement ordonnées, participant aux nombreuses activités proposées au cours des journées, assistant à des interviews, écoutant les discours ou des concerts de musique, partageant des repas, assistant au feu d’artifices, découvrant le circuit secret des essais de Citroën ouvert pour l’occasion afin de leur permettre de le parcourir avec leurs voitures, etc.

La célébration dans le beau musée Autoworld de Bruxelles a été un grand moment, avec un public conquis, tout comme le dîner, organisé dans une auberge près de La Ferté-Vidame par l’ACI (Amicale Citroën Internationale, qui regroupe le millier de Clubs Citroën du monde entier). Ce fut très convivial et un plaisir de rencontrer les présidents de Clubs venus des quatre coins du monde :   Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud, Uruguay, Argentine, Mexique, de tous les pays européens, etc. Quand les latinoaméricains découvrirent que mon épouse Delphine, mon fils Charles-Henri et moi parlions couramment l’espagnol, s’ensuivit un moment de grande complicité.

LES 100 ANS DE CITROEN A LA FERTE- VIDAME . JUNE 19-20-21 2019. 1956 DS 19 AND EIFFEL TOWER MODEL. Photo Bernard Asset
  • Quels sont les plus beaux témoignages que vous ayez reçus ?

Verbalement, nombreuses ont été les personnes qui m’ont manifesté leur contentement de rencontrer un descendant direct d’André Citroën, finalement très proche de lui puisque je suis son petit-fils.

Parmi les beaux témoignages, celui des 3 chinois qui m’ont salué lors du diner de gala : une fille d’attente s’était formée devant moi pour obtenir une photo et un autographe et, soudain, 3 chinois apparaissent et me disent en anglais : « Pour nous c’est un grand honneur de vous serrer la main ; nous n’avions jamais pensé que cela pourrait nous arriver ; nous tenons à vous dire que nous sommes venus directement de Chine pour cet événement et qu’hier nous sommes passés au Cimetière de Montparnasse pour rendre hommage à votre grand-père devant sa tombe ». Emouvant.

Autre témoignage impressionnant, celui d’un grand collectionneur qui possède une quarantaine de voitures Citroën : parmi celles-ci, une « Type-A », et comme c’est une des premières produites, il est certain qu’André Citroën, lors de ses visites quotidiennes dans son usine (qui était dans une phase de démarrage), a forcément porté son regard sur elle, est passé à côté d’elle ; du coup, il va souvent la voir et cela lui crée une émotion.

Un autre beau témoignage est celui que m’a transmis l’Ancien Premier ministre Dominique de Villepin par SMS à propos de mon discours : « Magistral et émouvant ».

J’ai reçu de très nombreux messages par e-mail, WhatsApp ou via les réseaux sociaux dans lesquels certaines expressions apparaissent souvent : « le privilège de vous rencontrer », « vos propos sont une inspiration », « je souhaite exprimer auprès de vous le respect que l’on doit à votre famille et le bonheur de vous rencontrer ». Humainement, la sensation est forte quand on reçoit de tels messages qui traduisent une grande émotion.

Ce qui me remplit de satisfaction est d’avoir rendu tant de gens heureux lors de nos rencontres et d’avoir passé des moments si intenses et si intéressants à les écouter, à entendre leurs récits, leurs histoires.

Photo Julien Motron
  • André Citroën était un visionnaire automobile mais pas uniquement, quels sont les autres grands chantiers qu’a entrepris votre grand-père à son époque pour faire avancer la société ?

Ils sont nombreux : la responsabilité de l’organisation du système de rationnement de la nourriture à Paris pendant la Guerre ((1917) ; la réorganisation du monopole des tabacs et allumettes ; la réorganisation de l’arsenal de Roanne (1918) ; la création de la Compagnie des Taxis Citroën (1924) ; Il est Commissaire du Pavillon France à l’Exposition Internationale de Barcelone ; l’illumination des principaux monuments de Paris offerte par André Citroën ; création de la Société des Transports Citroën, un réseau de bus qui couvrait la France ((1931) ; création de la 1ère compagnie d’assurances pour les automobiles (1932).

Autre « chantier » qui a gêné les conservateurs de l’époque : promouvoir le rôle de la femme dans la société et faire en sorte qu’elle conduise davantage. Il voulait que les voitures Citroën soient « les voitures de la femme ».

  • La Croisière Noire et la Croisière Jaune, étaient de formidable idées pour découvrir le monde et rapprocher les peuples. C’était également très visionnaire, pensez-vous que le fait que la marque soit connue et collectionnée dans le monde entier soit le résultat de ce genre d’aventures ?

Cela a forcément aidé car ces Croisières ont fait beaucoup de bruit à l’époque, en France bien sûr, en Europe et dans les pays d’Afrique (Croisière Noire en 1924-1925) et du Moyen-Orient et d’Asie (Croisière Jaune en 1931-1932) qu’elles ont traversés. Mais c’est l’implantation internationale voulue immédiatement par André Citroën, dès le démarrage de l’usine de Javel, qui a fait connaitre la Marque : en quelques années, elle était partout avec des concessionnaires et des agents dans le monde entier, qui avaient le grand avantage de vendre des véhicules qui, esthétiquement et techniquement, était incontestablement à l’avant-garde.

Photo Julien Motron
  • Lors du Rassemblement du Siècle à la Ferté Vidame, les passionnés, collectionneurs et journalistes sont venus du monde entier, vous attendiez-vous à une telle reconnaissance mondiale ?

En tant qu’Ambassadeur de l’Amicale Citroën Internationale, je sais qu’il y a des passionnés et des collectionneurs de Citroën partout dans le monde. Lors des ICCCR (International Citroën Car Club Rally), le rassemblement mondial des clubs Citroën qui a lieu tous les 4 ans, chaque fois dans un pays différent, on voit des délégués de tous les pays. Dans le cas de La Ferté-Vidame, je ne pensais pas que tant d’étrangers, journalistes et passionnés, allaient faire le déplacement pour participer à cette grand-messe. Partout où je vais dans le monde, le nom de Citroën est connu même dans les pays où les véhicules Citroën ne circulent pas.

Ce qui m’a impressionné est de constater que chaque Club Citroën a tenu à organiser sa célébration du centenaire avec des rassemblements en bonne et due forme. C’est une des raisons pour laquelle la célébration du Centenaire s’est étendue sur toute l’année 2019, ce qui a étonné beaucoup d’observateurs. Des amis m’ont demandé pourquoi je postais si souvent des informations et des photos et des vidéos sur les réseaux sociaux. Ma réponse : « Ce n’est pas ma faute mais celle des nombreux clubs qui ont fait la fête à tour de rôle ! »

J’ai participé à plusieurs célébrations et, parfois, quand je ne pouvais pas m’y rendre à cause de l’éloignement, j’ai envoyé des vidéos de salutation. Je l’ai fait, par exemple, pour l’Uruguay, le Chili et l’Argentine.

Lors du salon Epoqu’Auto 2019
  • Que ressent-on au moment de prononcer un discours devant des milliers de fans de la marque qui porte son nom ?

Un grand bonheur d’entrer en communion avec un public acquis à la cause. Ce fut le discours de ma vie (avec celui de l’admission d’André Citroën à l’Automotive Hall of Fame aux Etats-Unis et celui prononcé lors de la messe d’enterrement de mon père Bernard).

J’attendais cet instant avec impatience. Pendant les semaines qui ont précédé ce grand moment, je m’imaginais prononçant le discours, j’en répétais des extraits en marchant dans la rue, j’en modifiais le contenu. Avant de le rédiger, j’ai tardé 3 mois au cours desquels j’ai fait beaucoup de rencontres, questionné des proches et participé à divers événements liés au Centenaire : j’ai pu sentir ainsi l’émotion que suscitaient le Centenaire mais aussi le souvenir d’André Citroën, j’ai pu mesurer l’enthousiasme généré par toutes ces voitures Citroën devenues mythiques, créées par André Citroën et ses équipes et par tous ceux qui l’ont succédé. Il fallait transmettre cette émotion dans le discours, rendre hommage à tous ceux qui brandissent l’étendard Citroën haut et fort, souligner les enseignements que la vie intense de mon grand-père a apportés. J’espère avoir réussi.

En tout cas, après le discours, j’ai rencontré certaines personnes qui semblaient vraiment émues. Une dame, par exemple, s’est approchée pour me dire : « Mon mari est un gars solide, qui ne pleure jamais mais, en vous écoutant, il avait les larmes aux yeux … ».

  • Au moment de votre discours un silence quasi religieux s’est installé ; avez-vous senti l’immense respect que cette foule a pour votre grand-père ainsi que pour la marque Citroën ?

J’ai senti ce silence du public et, pendant que je parlais, j’ai perçu son attention, sa concentration. Je transmettais des messages qui étaient visiblement écoutés et cela est très satisfaisant.

Au cours du dîner de gala, qui a réuni 2500 personnes, organisé sous un énorme chapiteau, j’ai été frappé par le faible bruit émis par cette foule réunie dans un local fermé. Sur les parois, de grandes photos de mon grand-père partout. Une sorte de messe autour d’un homme qui est devenu une icône pour de nombreux passionnés. Un homme, un créateur, un leader, un visionnaire, un optimiste qui, effectivement, suscite une grande admiration, un grand respect.

  • Quels sont vos plus beaux souvenirs de ce grand week-end ?

Ils sont nombreux. D’abord, les centaines de rencontres avec les passionnés présents qui m’ont tous raconté de belles histoires et avec qui nous avons partagé de belles séances de photographies.

Autre rencontre inoubliable : dans le pavillon de la société Citroën, des directeurs recevaient des journalistes de tout pays ; l’un d’eux discutait avec une dizaine de journalistes chinois assis autour de lui ; comme je déambulais dans les parages, il leur signale qui je suis ; les chinois se lèvent tous comme un seul homme, m’applaudissent à tout rompre, organisent une longue séance de photos prises sous tous les angles puis m’invitent à m’asseoir avec eux pour leur parler. Dans les jours suivants, de nombreux articles furent écrits dans la presse chinoise sur le Rassemblement du Siècle et sur mon discours !

Le dîner de gala, parfaitement organisé, fut un grand moment de partage, avec un excellent repas servi à table par une nuée de serveurs et avec des spectacles de grande qualité. Il se termina par un spectaculaire feu d’artifices tiré autour et dans le château de La Ferté-Vidame.

Autre moment émouvant : la présentation au public d’une nouvelle fleur, une rose créée pour l’occasion (NB : une telle création prend 7 ans) et baptisée « Passion Citroën », dont la marraine et le parrain sont ma fille Anne-Rosalie et mon fils Charles-Henri qui ont assumé ce rôle avec enthousiasme.

Le passage d’un avion qui a écrit dans le ciel, avec sa fumée, le nom « Citroën », a été un formidable clin d’œil à une idée d’André Citroën : le 12 octobre 1922, lors de l’ouverture du Salon de l’Automobile, il avait fait écrire par un avion : « C’est à Paris, c’est Citroën ».

Une anecdote qui est aussi un souvenir remarquable : le samedi, jour des discours d’inauguration, ma fille Anne-Rosalie, venant de Londres, a pris un taxi à Chartres pour se rendre à La Ferté-Vidame. Les abords étant complètement embouteillés, elle s’est rendu compte qu’elle n’allait pas arriver à temps pour assister au discours de son Papa. Elle a eu alors l’idée d’arrêter 2 motards de la police pour leur demander de l’aide afin d’arriver à temps, après avoir expliqué qui elle était ; les policiers lui ont demandé ses papiers d’identité et constatant qu’elle portait vraiment le nom de Citroën, dirent au chauffeur de taxi : « Suivez-nous, nous allons vous ouvrir la voie ! » Ainsi, arriva-t-elle juste à temps !

De façon générale, ce rassemblement de La Ferté-Vidame est un événement historique. J’ai félicité chaleureusement ses organisateurs, particulièrement Alain Thuret (président de l’Amicale Citroën France) et Xavier Crespin (directeur général de l’Aventure Peugeot-Citroën-DS) qui ont été les moteurs de cette organisation vraiment parfaite.

  • En dix ans le prix des DS et SM a été doublé : ne craignez-vous pas que ce genre de grandes fêtes populaire deviennent plus élitiste à l’avenir ?

Certes, les voitures dites « haut de gamme » deviennent de plus en plus chères, surtout quand elles sont bien restaurées. Même les belles 2CV voient leurs prix s’accroitre. Mais il y a beaucoup de véhicules disponibles sur le marché et qui ne sont pas toutes en parfait état ; leur prix est abordable mais cela requiert du temps et quelque argent pour les restaurer. Les passionnés qui viennent à ces fêtes ne sont pas tous propriétaires de voitures anciennes et nombreux sont ceux qui s’y rendent pour admirer les belles voitures des autres et partager des moments avec tous les amoureux de l’aventure Citroën.

  • Comment expliquez-vous l’amour que porte encore les passionnés de la marque pour votre grand-père, disparu finalement assez jeune ?

Comme me l’a expliqué un psychanalyste newyorkais, lui-même grand collectionneur de voitures Citroën, qui répondait à ma question sur les conditions de l’apparition d’une icône, André Citroën apparait en 1919 à un moment où la France est détruite, où les familles son accablées par le chagrin. Il apparait avec enthousiasme, avec optimisme, avec détermination, avec une grande confiance en l’avenir. En démarrant son usine d’automobiles, il a fait le nécessaire pour la faire connaitre, pour faire connaitre ses intentions : il a conçu et mis en place tous les moyens de promotion qui ont permis à la population de le découvrir. Par exemple, la société Citroën envoyait systématiquement une lettre aux propriétaires de chevaux pour leur démontrer qu’une voiture Citroën coûtait, en entretien, bien moins cher qu’un cheval et leur décrire tous les avantages de la voiture par rapport au cheval !

 Les gens ont vite réalisé que, derrière toute cette agitation « médiatique », il y avait un homme qui était un meneur d’hommes et un conquérant. Cela a donné du moral à ce qui n’en avait pas. Son charisme a fait le reste. Sa mort tragique, si jeune (57 ans), qui s’accompagne de la perte totale de contrôle de sa société, a favorisé la création de la légende.

Beaucoup de passionnés connaissent son histoire et, d’une certaine manière, lui sont reconnaissants d’avoir créé tant de modèles admirables et d’avoir créé l’impulsion pour que la Marque maintienne son esprit inventif et produise d’autres modèles qui font aujourd’hui le bonheur des dizaines de milliers de collectionneurs répartis dans le monde entier. Les pancartes « Merci André » que l’on voit dans certains rassemblements, les photos d’André Citroën, le « Patron », que certains collectionneurs ont collé dans leurs voitures, sont des réponses claires à celui qui est à l’origine d’une ferveur unique qui réunit des gens de toutes origines et de tout pays.

Comme me l’a souligné la journaliste du quotidien Le Monde dans une interview, « en France, il n’y a que 2 personnes qui peuvent attirer autant de monde, de toutes origines, avec une telle ferveur et un tel enthousiasme : Johnny Hallyday et … André Citroën ! ».

  • André Citroën s’est inspiré des méthodes américaines dans de nombreux domaines, pourquoi ?

Avant la 1ère Guerre mondiale, alors qu’il était directeur de la société des Automobiles MORS, André Citroën s’est rendu compte que les Etats-Unis étaient à l’avant-garde du progrès industriel et que les inventeurs de méthodes, de procédés ou de produits y foisonnaient. En 1912, il décide de s’y rendre pour observer directement cet univers de création. Il voit les méthodes scientifiques appliquées par Ford dans ses usines, il y rencontre des ingénieurs qui développent des inventions : il décide donc de chercher son inspiration technique outre-Atlantique.

Par la suite, alors qu’il était devenu ce grand industriel que nous connaissons, le « Henry Ford européen », toujours désireux d’être à l’avant-garde, il s’efforça de connaitre ces inventeurs américains, de travailler avec eux afin de développer leurs inventions. Par exemple, sa rencontre avec Edward Budd sera déterminante : c’est cet industriel américain qui a conçu une méthode révolutionnaire de fabrication des automobiles « tout-acier » et André Citroën lui achète le brevet pour l’Europe. Ce même Edward Budd imagine le principe de la « traction avant » mais c’est André Citroën qui le développe industriellement.

Photo Julien Motron
  • Cette rapidité d’action, comme pour construire l’usine de Javel afin de faire des obus puis de la transformer pour y produire des autos, est-ce aussi quelque chose que votre grand-père a appris des américains ? avancer rapidement et innover toujours plus ?

Non. Il avait naturellement une grande capacité d’action et de réaction. Dès sa sortie de Polytechnique, il l’a montré avec la découverte du brevet des engrenages à chevrons en Pologne et son achat immédiat pour en commencer rapidement la fabrication (en 1901). Puis, pendant la 1ère Guerre mondiale, il a vite réagi après la mort de son frère Bernard dans les tranchées puis avec son exaspération de voir que les allemands envoyaient beaucoup plus d’obus sur les lignes françaises que le contraire : sans tarder, il a demandé une permission à son supérieur hiérarchique afin de rencontrer le ministre de la Guerre pour lui proposer la construction immédiate d’une usine d’obus. L’autorisation obtenue, l’usine a été construite et équipée en 4 mois sur les terrains de Javel et a mis la force de frappe de la France et des allemands sur un pied d’égalité. Face à l’adversité, on sait réagir ou pas : lui savait.

  • Pouvez-vous nous raconter ce qui s’est passé lors l’assemblée annuelle du Groupement National des Agents Citroën ?

Ce fut un grand moment. Inattendu. Le président du Groupement, Denis Baeza, avait imaginé un scénario : personne ne savait que j’allais venir ; il était convenu qu’à la fin de la Convention, j’arriverais du fond de l’auditorium et interromprais la séance en demandant brusquement la parole ; le président me demanderait de m’identifier. Ainsi fut fait ! Quand les 400 Agents présents surent qui j’étais, ils se levèrent tous et commença une longue « standing ovation ». Plus tard, un participant m’écrivit que « la moitié des participants eurent, à ce moment-là, les larmes aux yeux ». Puis j’ai prononcé mon discours spécialement conçu pour cet auditoire de fidèles et enthousiastes promoteurs de la Marque, qui sont aussi, très souvent, des collectionneurs de Citroën anciennes.

A la fin du discours, j’ai vu l’émotion dans le regard de certaines personnes venues me saluer. Un cocktail était organisé. Je n’ai jamais pu rentrer dans la salle : la file d’attente pour me rencontrer, me raconter l’histoire de chaque Agence, pour prendre les photos, avec chaque Agent et sa famille, et signer les autographes, était si longue que la séance dura plus de 2 heures, retardant le début du dîner. Chaque Agent se présenta en précisant depuis quand sa famille était à la tête de son Agence : 1ère Génération ou 2e Génération ou 3e Génération !

Un directeur régional de la société Citroën me précisa qu’il avait, en permanence, le buste de mon grand-père dans son bureau et quand il avait des doutes sur des décisions à prendre, il s’approchait du buste pour y chercher de l’inspiration. Le lendemain, il m’a envoyé une photo de son bureau avec le buste qui y trône.

LES 100 ANS DE CITROEN A LA FERTE- VIDAME . JUNE 19-20-21 2019. ANDRE CITROEN’ GRANDSON, HENRI JACQUES CITROEN NEAR GRANDFATHER PORTRAIT. Photo Bernard Asset
  • Vous êtes engagé dans un projet de musée André Citroën, pouvez-vous nous en dire plus ?

Pour être précis, je suis dans la phase de promotion de l’idée d’un musée dédié à André Citroën et à la Marque Citroën. Ils méritent un Musée pour que les gens y découvrent la vie et l’œuvre de mon grand-père, y admirent toutes ces voitures mythiques qui ont marqué leur temps et nous impressionnent comme jamais, se rendent compte qu’il a été le créateur du marketing moderne et de la publicité automobile, qu’il a été un maître des relations publiques et de la promotion de sa marque grâce à des méthodes nouvelles. Son nom inscrit sur la Tour Eiffel pendant 10 ans, la Croisière Noire, la Croisière Jaune, les panneaux de signalisation offerts par la Marque, etc.

Il y a de quoi faire un musée avec des salles aux contenus très variés, qui montreraient comment cette entreprise, si française, a su être créative et l’est encore. Une entreprise qui, malgré toutes les turbulences connues au cours de 100 ans, est toujours présente, avec succès. Elle fait partie de l’Histoire de France. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai terminé mon discours de La Ferté-Vidame avec ces mots : « Citroën, c’est la France ».

Idéalement, ce musée devrait être à Paris qui a toujours été le berceau de Citroën. Idéalement, L’Aventure Peugeot-Citroën-DS devrait être au cœur de sa conception et de la fourniture des voitures, objets et documents. Mais si cette association, qui est étroitement liée à PSA, n’est pas en mesure de jouer un rôle actif, les fonds pourraient être trouvés ailleurs et les voitures fournies par tous ces collectionneurs qui m’ont dit être disposés à prêter ou donner des véhicules.

Il y a des spécialistes du « fund raising » (collecte de fonds) qui savent comment présenter des dossiers d’investissements et trouver les subventions disponibles. Pour rentabiliser un tel musée, on pourrait s’inspirer du formidable musée Autoworld de Bruxelles qui est rentable grâce à la possibilité de le privatiser pour y organiser des fêtes au milieu de splendides voitures de collection.

Les idées, les initiatives, les bonnes volontés sont bienvenues pour contribuer à ce que ce beau projet, fédérateur, devienne réalité. Ce serait l’occasion de promouvoir la France.

Photos Bernard Asset et Julien Motron

Interview Jack Stouvenin

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