Jaguar XJ

La plus belle berline du monde et ses 40 ans de vie

1989. Le groupe américain Ford rachète la célèbre marque britannique Jaguar. La priorité numéro un de Ford va être de renouveler l’outil industriel celui-ci ayant un besoin urgent d’être modernisé. Nécessité impérieuse si le fauve anglais veut conserver voire retrouver pleinement sa place sur le marché des voitures haut de gamme, où la concurrence est aussi nombreuse que féroce après les maudites années 70.

Celle-ci ayant été une décennie difficile pour la grande majorité de l’industrie automobile britannique, avec des grèves à répétition, une qualité de fabrication en chute libre ainsi qu’une gestion incohérente et chaotique entre les nombreuses filiales du groupe British Leyland. Ce groupe était le second constructeur automobile du Royaume-Uni, juste derrière la filiale locale de Ford dans les années 50 et 60. Jaguar lui appartenait depuis 1967 va être conduit au bord du gouffre. La situation est à ce point catastrophique que le gouvernement britannique ne voit alors d’autres choix que de nationaliser, en 1975, le constructeur pour lui éviter la faillite.

Jaguar XJ

Aucune marque n’est épargnée : les populaires Austin ou Morris, les sportives ou hauts de gammes MG, Triumph, Rover ou Jaguar… A l’exception notable du marché britannique toujours patriotique en temps de crise, sur les marchés extérieurs, les ventes de Jaguar s’effondrent littéralement et le moral des ouvriers de l’usine de Browns Lane est à l’image de la qualité de finition et de la fiabilité des Jaguars de l’époque : en chute libre et menaçant de tomber en ruines. William Lyons, le fondateur de Jaguar a dû se mordre les doigts d’avoir accepté de vendre l’entreprise qu’il avait fondée et dont il avait fait l’une des références mondiales dans les sportives haut de gamme, au groupe British Leyland

Jaguar XJ

Même si avec l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher et des conservateurs en 1979, le redressement du groupe BL ne sera jamais vraiment la priorité numéro un du nouveau gouvernement britannique, celui-ci a néanmoins conscience qu’il lui faut garantir la survie du constructeur, ne serait-ce que par ce qu’il représente des milliers d’emplois dans tout le pays. À l’image de celui-ci, Michael Edwardes, le nouveau patron nommé à la tête de British Leyland, a également conscience que Jaguar incarne toujours, au Royaume-Uni comme à l’étranger, l’un des plus grands symboles de l’automobile britannique et qu’il faut donc, rapidement et ardemment, s’employer à redorer son image.

Ford rachète Jaguar, une histoire d’industrie

Une mission titanesque, à laquelle John Egan, qui prend alors en main les rênes de la marque, va toutefois relever assez brillamment. Au point qu’après plusieurs années, Jaguar redevenue bénéficiaire, parvient alors à quitter le giron de l’ex-British Leyland. Malgré une qualité de fabrication, ainsi qu’une fiabilité et des ventes en nette hausse, la tâche était à ce point ardue que celle-ci n’avait encore pu être achevée au moment où Ford s’en porte acquéreur. Le nouveau propriétaire constatant rapidement la vétusté des chaînes de production de l’usine de Browns Lane, ainsi que des autres sites de production de la marque, décide alors, outre un investissement massif dans de nouveaux outillages bien plus modernes de mettre provisoirement en sommeil tous les projets en cours au sein du bureau d’études.

Jaguar XJ

De manière sage et pragmatique, Ford va s’employer à remettre à neuf l’outil de production avant de lancer de nouveaux modèles, destinés à remplacer ceux de la gamme du moment : la berline XJ ainsi que les coupé et cabriolet XJS. Si la première est alors un modèle récent puisqu’elle a fait son apparition sur le marché à peine trois ans plus tôt, la seconde en revanche commence à dater, puisque son lancement remonte à 1975, soit quatorze ans auparavant. Après un début de carrière assez difficile dû autant aux difficultés de son constructeur qu’à sa finition assez déplorable ainsi qu’à la gourmandise chronique de son V12, la politique de redressement qualitatif mené par John Egan ayant porté ses fruits, la XJS à présent aussi proposée dans une version six cylindres plus économique à l’usage est finalement parvenue à trouver son public. Jugeant que, malgré son âge respectable, celle-ci peut encore voir sa carrière prolonger pendant quelques années le temps que sa remplaçante, la future XK8, soit finalisée, Ford va donc lui offrir un léger re-stylage en 1991 : sur le plan extérieur principalement sur la partie arrière, avec de nouveaux feux rectangulaires au dessin assez massif qui remplacent les feux arrière verticaux des débuts.

Jaguar XJ

La XJ40, quatrième génération de celle qui fut présentée en 1968 comme « la plus belle berline du monde », va aussi gagner en fiabilité et en qualité au cours des années. De toutes les générations successives de la XKS, la XJ40 est sans doute celle qui a suscité le plus de controverses auprès des admirateurs de la marque, malgré un succès fort appréciable. Bien qu’elle résulte d’une volonté de moderniser le concept d’un modèle qui approchait alors des vingt ans d’âge, son style sera jugé trop massif par une grande partie des clients de la marque, notamment en ce qui concerne le dessin de la partie avant, avec ses deux grands phares rectangulaires à la place des quatre phares ronds des précédentes générations : seule la version de base de la XJ40 conservant des optiques circulaires.

XJ 40 V12

Hayden et la XJ, 5è du nom

William Hayden, le nouveau patron de la marque, conscient de ce « désamour » dont a souffert durant une grande partie de sa carrière la quatrième génération de la Jaguar XJ, décide au moment de l’étude d’une nouvelle mouture de la berline XJ de faire « table rase » des lignes de la XJ40 et de procéder à un « retour aux sources ». L’esthétique de la XJ cinquième du nom fait clairement référence à celle de la Série 3, produite entre 1979 et 1987. Ce « clin d’œil » affirmé et assumé à cette dernière, ainsi qu’à la XJ originelle, n’est pas seulement dû à la volonté de se réconcilier avec les Jaguaristes les plus traditionalistes, ou « radicaux », mais relève d’une certaine nécessité.

Jaguar XJ

Au vu des sommes fort importantes que Ford avait déjà investi pour renouveler entièrement l’outil industriel de la marque, le groupe à l’ovale bleu n’était probablement plus guère disposé à mettre à nouveau la main au portefeuille pour la mise en chantier d’un modèle entièrement nouveau. Il est vrai que lorsqu’il visita pour la première fois l’usine de Browns Lane, Bill Hayden ne manqua pas de déclarer à ses supérieurs de Detroit comme aux cadres et ouvriers de l’usine ou aux journalistes de la presse automobile que la seule fois où il avait vu des installations aussi obsolète et d’aussi mauvaise qualité, c’était en visitant l’usine GAZ à Gorki (dans ce qui était encore à l’époque l’Union Soviétique).

Aussi paradoxale que cela puisse paraître, c’est pourtant le maintien en activité d’installations techniquement obsolètes qui a permis à Jaguar de proposer ses modèles à des tarifs beaucoup plus bas par rapport à ceux de ses concurrentes. Les carrosseries des Jaguar d’antan étaient composées de nombreuses pièces métalliques dont les opérations d’assemblage et d’ajustage restaient en grande partie manuelles. Malgré l’exigence de ces opérations en termes de main d’œuvre, cela permettait à la marque d’éviter de lourds investissements dans des presses d’emboutissages. En plus du talent et de l’habileté que cela demandait aux ouvriers de l’usine de Browns Lane afin que la finition, sur chaque exemplaire, soit digne de la réputation du constructeur et de l’image qu’avait le public d’une berline anglaise de haut de gamme, il était clair que de telles méthodes de travail apparaissaient franchement désuètes à la fin des années 80, en dépit de la qualité et du prestige d’une finition « faite main ». Dans ces conditions, les (lourds) investissements consentis par le géant américain pour offrir à l’illustre marque britannique de nouvelles chaînes de production véritablement modernes n’étaient pas du tout un « luxe » et même une opération nécessaire pour permettre à la firme de retrouver pleinement son lustre d’antan ainsi que la place qu’elle méritait sur le marché des voitures de prestige.

Hayden décide alors sans gaieté de cœur d’enterrer le projet X90, celui d’une XJ entièrement nouvelle. Ne pouvant repartir d’une feuille blanche pour cette XJ numéro 5, le bureau d’étude va alors être obligé de prendre comme base de travail la berline XJ40. Plutôt que comme une cinquième et nouvelle génération, la nouvelle X300 (son nom de code en interne) doit plutôt être considérée comme un prolongement de la XJ40, en tout cas d’un point de vue technique. Bien qu’étant condamné à être mis au placard, le projet X90 ne sera pas pour autant entièrement perdu, la nouvelle XJ dévoilée en 1994 reprenant, en effet, le dessin de la proue ainsi que de la partie arrière qui avaient été élaborées pour celle-ci.

Jaguar XJ

Si la XJ « X300 » ne possède quasiment plus aucun panneau de carrosserie en commun avec sa devancière, elle conserve le style immuable qui a fait le succès de la Jaguar XJ depuis le lancement de la première génération, vingt-six ans auparavant. Elle conserve aussi la structure qui compose la « cellule » de l’habitacle et les motorisations apparues sur la XJ40, avec toutefois des puissances revues à la hausse : de 200 à 219 ch pour le 3,2 l et de 223 à 249 chevaux pour le six cylindres de 4,9 litres. Le V12, conçu à l’origine pour la seconde génération de la XJ mais qui a d’abord débuté sa carrière sous le capot de la célèbre Type E, avait perpétué la carrière de la XJ Série 3 : le compartiment moteur de la XJ40 s’étant révélé trop étroit pour cette imposante mécanique est maintenu au catalogue avec une cylindrée et une puissance inchangée par rapport à l’ancien modèle (6 litres et 318 chevaux).

Jaguar XJ

La XJ cinquième génération devant incarner la finalisation de la renaissance de la berline XJ mais aussi celle de la marque Jaguar. Le constructeur ne manquera évidemment pas de mentionner et aussi d’illustrer abondamment les nombreuses modifications, esthétiques ou techniques plus ou moins importantes suivant les cas qui ont été apportées à celle-ci. Outre le fait de rappeler avec force détails dans l’imposant catalogue édité à l’occasion du lancement de la nouvelle X300, l’histoire des différents modèles de la lignée depuis sa création la X300 aura également droit à une brochure spécifique, comme cela est souvent le cas, s’agissant d’un modèle de prestige chaque version.

Jaguar XJ

Les années 90, un cliché sport

Si la plus grande partie de la gamme est calquée sur celle de sa devancière et en reprend d’ailleurs les appellations (Sovereign pour la XJ6, Six et Double Six pour les Daimler), l’une des modèles phares est certainement la XJR. Si cette variante sportive n’