JAGUAR MARK X - Le plus grand des félins anglais.

JAGUAR MARK X -Le plus grand des félins anglais.

Lorsque Jaguar dévoile son nouveau vaisseau amiral qui vient couronner la gamme du constructeur britannique, celle-ci s’inscrit dans une tradition bien ancrée, depuis l’avant-guerre déjà, non seulement au sein de la firme de Browns Lane mais également au sein de l’industrie automobile britannique, celle des berlines de prestige à hautes performances.

Lorsqu’elle est présentée au public, au Salon d’Earls Court, qui ouvre ses portes en octobre 1961, la réputation de Jaguar dans le domaine des berlines de grand tourisme de prestige n’est déjà plus à faire. La nouvelle Mark X représentant alors l’aboutissement d’une lignée remontant au SS.

JAGUAR MARK X - Le plus grand des félins anglais.

Est-ce par le territoire français est plus vaste et étendue que celui du Royaume-Uni, qu’il est jugé de meilleur qualité par les constructeurs britanniques ou encore que sa configuration se prête mieux aux essais de longue durée de leurs nouveaux modèles ? En tout cas, ce sera sur les routes discrètes des Landes et du pays Basque que la future Mark X effectuera ses premiers tours de roues sur route ouverte. Comme le constructeur ne se privera d’ailleurs pas de se vanter, la nouvelle venue à bénéficier d’une mise au point longue et studieuse, comme il est d’ailleurs de règle chez un constructeur de prestige qui jouit d’une image internationale. Le seul vrai défaut de jeunesse dont souffrira la nouvelle Jaguar au début de sa carrière étant une tendance assez nette à la surchauffe en cas d’utilisation prolongée en ville. Il est toutefois vrai que si elle se veut aussi une berline d’apparat, la Mark X se montre beaucoup plus à son aise sur les nationales ou les autoroutes que dans la circulation et les embouteillages des centre-villes.

JAGUAR MARK X - Le plus grand des félins anglais.

Succédant à la Mark IX, la nouvelle venue, si elle présente des lignes dont le style reste fort empreint de « l’esprit Jaguar », avec ses quatre phares ronds et son imposante calandre chromée verticale ainsi que ses lignes élancées. Si elles ont manifestement été inspirées par celle de sa devancière, celles de la nouvelle Mark X apparaissent toutefois plus basses, élancées et étirées. Son profil adopte d’ailleurs le style « ponton intégral », avec une ligne de caisse rectiligne et continue depuis l’extrémité des ailes avant jusqu’à celle des ailes arrière qui, ajouté à l’inclinaison assez marquée des phares, du pavillon ainsi que de la malle de coffre offre une ligne fuselée et une impression de vitesse qui traduit bien la vocation grand tourisme de la nouvelle grande berline de Browns Lane. Celle de parcourir à grande vitesse les longues lignes droites des nationales ou celle des Highways américaines.

JAGUAR MARK X - Le plus grand des félins anglais.

Car, tout comme ses devancières, c’est bien, avant tout, pour le marché américain qu’elle a été conçue, celui-ci absorbant facilement plus des deux tiers de la production. Il n’est donc guère étonnant que la Mark X affiche des dimensions assez imposantes, dépassant assez nettement celles de ses devancières, avec pas moins de 5,13 mètres de long et près de deux mètres de large (1,93 m de large), faisant d’elle, à son lancement, la plus grande berline jamais produite par Jaguar. Son gabarit « XXL » ayant été savamment conçu pour accueillir à leurs aises les riches yankees à la forte stature (qui absorbent facilement leurs 70 à 80 kg de viande rouge par an!) dans un luxe et un style bien en rapport avec l’image que les Américains ont d’une voiture anglaise de prestige, c’est-à-dire dans une ambiance rappelant celle d’un vieux manoir des Cornouailles ou d’un château écossais. Autant dire qu’avec la Jaguar Mark X, ils ne seront pas déçus et en auront même largement pour leur argent, les superbes boiseries et le cuir Connolly qui recouvrent presque chaque centimètre carré de l’habitacle pouvant presque faire passer les Cadillac ou les Lincoln pour des voitures « populaires ».

JAGUAR MARK X - Le plus grand des félins anglais.

Il est d’ailleurs vrai que le prix auquel est affiché la Mark X outre-Atlantique atteint environ deux fois celui de ces dernières ! Il est donc aisé de comprendre que, pour beaucoup d’Américains de la haute société, les modèles de la firme de Browns Lane représentent donc, en matière d’automobiles, l’un des meilleurs symboles de la réussite sociale. Malgré son statut de voitures de prestige, sa qualité de construction ainsi que ses performances de haut vol, le prix de vente auquel elle est affichée n’a toutefois rien d’exorbitant, en tout cas comparé à celui de ses rivales nationales. Sur le marché britannique, la grande Jaguar est ainsi affiché à 2 022 Livres Sterling. A moins d’aller chercher du côté de chez Bentley ou Rolls-Royce, difficile de trouver plus luxueux et plus cher ! En comparaison, l’acheteur désireux de repartir au volant d’une Bentley S3 doit, pour cela, signer un chèque fort salé de près de 5 400 £ ! Même une Mercedes 300 SE est presque deux fois plus chère : 3 800 £ ! Autant dire qu’avec un tel rapport prix/performances, la mark X n’a aucun mal à trouver son public, des deux côtés de l’Atlantique !

Bentley s3

Si le pays de l’oncle Sam représentera, dès le départ et comme pour ses devancières, son premier marché d’exportation, la majorité de la production sera toutefois vendue sur le marché britannique ainsi que celle des pays du Commonwealth. A l’image des Mark VII, VIII et IX avant elles, la Mark X deviendra l’un des modèles les plus utilisés comme voitures privées ou véhicules de fonction par les ministères ou les ambassades. La marque créera d’ailleurs à leur usage une version spéciale baptisée « limousine », disponible sur commande spéciale, équipée d’une séparation intérieure entre le chauffeur et les passagers ainsi que d’un mini-bar incorporé. Parmi les options disponibles au catalogue figurent le dégivrage de la lunette arrière ainsi que les quatre lave-glaces électriques. En ce qui concerne les coloris, douze teintes sont disponibles pour la carrosserie et onze pour la sellerie.

JAGUAR MARK X - Le plus grand des félins anglais.

Sur la Mark X, le changement ne se limite d’ailleurs pas à l’esthétique, le constructeur ayant fait étudier pour celle-ci une structure aux longerons et aux traverses taillés, eux aussi, au format XXL afin de garantir une rigidité optimale. Une rigidité et une solidité qui ont évidemment un prix, ou, plutôt, un inconvénient majeur : le poids. Accusant déjà pas moins de 1 880 kg sur la balance, avec son conducteur ainsi qu’un passager à bord la Mark X dépasse facilement la barre « symbolique » des deux tonnes. Si cela la place donc presque dans la catégorie « poids lourds », cela ne l’empêche toutefois pas d’offrir des performances qui n’ont pas grand-chose à envier à celle de sa cousine, la sublime Type E, la Mark X se montrant ainsi capable, avec une puissance de 265 chevaux d’atteindre 200 km/h en pointe et le kilomètre départ arrêté abattu en 32,2 secondes. Ce qui, à l’époque et pour une berline de ce poids, constituent des chiffres plus qu’honorables et même de haut niveau. Des performances obtenues grâce à la culasse « straight port » (« conduits directs ») et une alimentation assurée par trois gros carburateurs SU.

En ce qui concerne la suspension arrière identique, celle-ci est également identique à celle montée sur la Type E. La grand berline du constructeur de Coventry étant d’ailleurs équipée d’un train arrière qui a bénéficié d’une conception fort sophistiquée, constitué d’un berceau en acier qui est relié à la caisse par une série de quatorze boulons, ce qui présente le grand avantage de pouvoir permettre aux mécaniciens de démonter aisément le pont arrière et donc de faciliter le travail pour effectuer les réparations. La suspension avant reprenant, elle, les solutions déjà utilisées sur la Mark II, avec un système à double triangulation. Etant donné le poids et les dimensions de la bête, la direction ainsi que le freinage reçoivent également une série de systèmes d’assistance qui ne sont nullement superflues pour assurer à ce vaisseau britannique la tenue de route que l’on est en droit d’attendre de celle qui (à l’image de sa remplaçante, la XJ6, qui sera dévoilée sept ans après elle) aurait aussi pu revendiquer le titre de « plus belle berline du monde ».

JAGUAR MARK X - Le plus grand des félins anglais.

Pour la transmission, suivant la tradition de la marque, la Mark X reçoit, en monte « standard », pour la boîte Moss, déjà bien connue des propriétaires de Jaguar (réputée pour sa robustesse mais aussi pour sa conception quelque peu « archaïque » et dont, en plus du maniement viril que réclamait le passage des rapports, la première vitesse non synchronisée ne facilitait pas la conduite en ville). Afin de pouvoir profiter pleinement des performances du moteur XK, l’acheteur pouvait aussi lui adjoindre un overdrive Laycock de Normanville. Pour celui qui souhaite se faciliter la tâche en usant le moins possible de la boîte de vitesse et qui privilégient le confort et la facilité de conduite à la performance, une boîte de vitesses automatique Borg-Warner à trois rapports est également disponible. (Celle-ci ayant avant tout été prévue pour le marché américain, où ce type de transmission est la norme, surtout pour une voiture de ce standing).

JAGUAR MARK X - Le plus grand des félins anglais.