Renault 4 CV découvrable 1955
Renault 4 CV découvrable 1955

Renault 4 CV découvrable 1955, quatre places au soleil

Ça vous branche une virée en 4 CV découvrable ? Alors pourquoi pas à la découverte de la côte nord finistérienne, à bord de la petite puce jaune de Claude Le Maître, président d’honneur de la Société d’Histoire du Groupe Renault ?

Renault 4 CV découvrable 1955
Renault 4 CV découvrable 1955

Guillaume Waegemacker, photos Frédéric Veillard

« J’étais haut comme trois pommes quand j’ai accompagné mon père au salon de l’auto 1946 sous les verrières du Grand Palais. C’est là que j’ai découvert une drôle de petite auto sur le stand Renault : la nouvelle 4 CV. Toute jaune, c’était en quelque sorte la bombe du salon et ça m’a marqué. Claude Le Maître, propriétaire de la fringante découvrable est un historien reconnu et un collectionneur averti. Il a un losange dans le cœur et est complètement passionné par l’aventure automobile de Renault. Claude a présidé aux destinées de la Société d’histoire du groupe Renault pendant dix-sept ans. Je travaillais dans un cabinet d’architecture dont Renault était client. C’est ainsi que j’ai fait la connaissance de Gilbert Hatry, un homme pointu sur l’histoire de la firme. En toute amitié, nous avons eu le plaisir d’écrire ensemble plusieurs ouvrages liés à la marque. » Avec son épouse Joëlle, Claude savoure sa 4 CV dès le premier rayon de soleil et depuis les premiers tours de roues de sa seconde vie, la petite découvrable a déjà parcouru 40 000 kilomètres sans broncher.

Renault 4 CV découvrable 1955
Renault 4 CV découvrable 1955

Agile et conviviale

La 4 CV attend sur le port de Lampaul-Plouarzel. Reflétant les nuages nacrée du ciel breton, les chromes de la voiture surlignent sa bouille caractéristique. D’un appel de phares, la 4 puces m’invite à bord. Le siège m’accueille en toute simplicité, avec un confort relatif. La planche de bord en tôle peinte n’a qu’un seul cadran à oreilles qui rassemble tachymètre, compteur kilométrique, thermomètre d’eau, témoins lumineux de pression d’huile et de charge et jauge à essence. Les trois pédales rondes surprennent par le petit diamètre. Légèrement décalé vers la droite, le pédalier ne ménage pas la colonne vertébrale. Après avoir mis la voiture sous tension, je lève la grande tirette du démarreur, à droite à côté du changement de vitesses. Le quatre cylindres s’éveille. Le levier de vitesses au plancher dispose d’une grille classique, mais avec néanmoins la première en bas à gauche, face à la marche arrière. Il n’y a que trois rapports. La seconde est en haut à droite et troisième en bas à droite. Très approximatif dans son maniement, le levier accuse un débattement important. Cela n’empêche pas l’auto d’être agile. La 4 CV se faufile d’un virage à l’autre avec aisance. Si le moteur n’est pas un foudre de guerre, il témoigne néanmoins de reprises convaincantes. Bien entendu, il n’est pas question de chercher la performance, mais de savourer la conduite d’un modèle rare et attachant. Survireuse par nature, la quatre pattes a une direction étonnamment sensible. Assurée par des ressorts hélicoïdaux et quatre amortisseurs hydrauliques, la suspension est plutôt sèche. Côté freinage, c’est plutôt convaincant. En dépit d’une garde au sol assez basse, cette icône des Trente Glorieuses est sensible au vent latéral. Mais tout se passe dès lors qu’en bon Breton on a le pied marin et l’âme d’un Cap-hornier ! Trêve de plaisanterie, l’auto est en fait aisément maîtrisable dès qu’on cherche à la comprendre. Il n’y a pas d’ambiguïté dans son comportement. Elle est dans son élément entre 70 et 80 km/h. Ayant déjà eu l’occasion de conduire des 4 CV équipées du 747 cm3 d’origine, j’apprécie le punch et la souplesse du “Coup de fouet” Dauphine qui permet de gravir les côtes en troisième. À quatre à bord, la découvrable se savoure sans modération, qu’il s’agisse d’un pique-nique en famille, d’une ballade en bord de mer, d’un rallye ou d’un concours d’élégance. La petite auto est à son aise en toutes circonstances. Fiable et facile d’entretien, la 4CV découvrable est aussi élégante et représente un excellent compromis.

Renault 4 CV découvrable 1955
Renault 4 CV découvrable 1955
Renault 4 CV découvrable 1955
Renault 4 CV découvrable 1955
Renault 4 CV découvrable 1955
Renault 4 CV découvrable 1955
Renault 4 CV découvrable 1955
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“Coup de fouet” Dauphine et “Motte de beurre”

Elle est arrivée chez Claude en épave le 12 novembre 1976, soit plus de trente ans après son premier contact avec la 4 pattes. « Elle n’était pas très engageante quand je l’ai récupérée. Bariolée en bleu roi et blanc, elle avait été rapiécée de partout par le précédent propriétaire pour être maintenue en état de marche. L’aile avant droite et le bord supérieur droit avaient souffert d’un accident de la circulation, mais l’infrastructure était relativement saine. Quant à la capote, elle était bricolée de bric et de broc. Elle ne fermait plus et avait été retaillée dans une bâche de camion et sur des arceaux tordus. Le travail de tôlerie a été pris en charge par un de mes amis orfèvre en la matière : Jean Tournet. Au marteau et au tas, Jean va transformer la citrouille en carrosse. L’intervention la plus délicate sera la remise en état de la bordure supérieure de la voiture. Opérer avec un vérin était impossible à cause de la déformation du montant central. L’ami Jean a dû dépointer toute la doublure intérieure et ses quatre-vingt quinze points. Comme une découvrable est toujours dotée d’une double cloison, un second dépointage sera effectué dans la foulée, ce qui représente en tout deux bons jours de travail. À l’issue de ce pensum la bordure était enfin accessible pour un planage et une remise en ligne parfaits. Au fil du démontage, on va découvrir la teinte d’origine, le Vert Tribord 956. Les séances de ponçage m’ont fait mesurer le travail des carrossiers, lâche Claude avec un grand sourire. Cela étant, il y a un troisième mousquetaire, Emmanuel Cognet, qui va se pencher sur la mécanique. Vu de l’état de l’ensemble, les 40 000 kilomètres affichés laissaient penser que l’auto avait déjà fait un tour de cadran.

Renault 4 CV découvrable 1955
Renault 4 CV découvrable 1955

Quand nous remettions la voiture en état, Pierre Le Moal, un de mes amis du Club des Anciennes Renault d’Ile de France, m’a donné une épave de berline avec toit ouvrant. J’ai pu prélever sur cette voiture un ensemble moteur-boîte-pont qui avait peu de kilomètres. Lors de la remise en ordre de la mécanique, nous en avons profité pour installer le fameux “coup de fouet” Dauphine. C’est un kit qui était commercialisé par Renault pour passer la cylindrée à 845 cm3. Il se compose d’un jeu de cylindres et de pistons. Si les pièces de tôlerie étaient introuvables, ce n’était pas forcément le cas de certains éléments périphériques. La boîte de vitesses et le pont ont néanmoins été vérifiés. Seuls les synchros de boîte étaient usagés. Dans la foulée, nous avons changé mécanisme et disque d’embrayage. Moteur, boîte de vitesses et pont vont reprendre leur place petit à petit, mais il restait encore les accessoires, la sellerie, la capote et la peinture. » Pour la couleur, Claude choisit, en accord avec Joëlle, le Jaune Tournesol Renault, référence 308. À l’époque, cette teinte habille déjà la Renault 4 GTL de Madame. Pour Claude, il y avait sans doute une pointe de nostalgie là-dedans puisque la 4 CV qu’il avait vue depuis les épaules de son père était du même jaune, d’où son surnom de l’époque “la motte de beurre”. Pour la sellerie, Claude s’accordera quelques petites libertés avec l’origine en adoptant un simili cuir noir en adéquation avec la teinte de carrosserie. Le remontage s’est ensuite échelonné sur plusieurs semaines en fonction des disponibilités de chacun. Claude a aussi eu la chance de mettre la main sur un jeu d’enjoliveurs à rayons Robergel. « Alors que la voiture était en cours de finition, j’avais téléphoné à tout hasard chez ce fabricant d’accessoires. Le magasinier qui m’a répondu qu’il devait se débarrasser de son énorme stock d’accessoires qui datait des années 50 et j’ai eu les enjoliveurs pour cent francs. »

Renault 4 CV découvrable 1955
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