PORSCHE 928 S, Stuttgart invente une GT qui casse les codes.

PORSCHE 928 S, Stuttgart invente une GT qui casse les codes.

PORSCHE 928 S, Stuttgart invente une GT qui casse les codes.

La Porsche 928 est comme une icône du rock’n’roll. Elle apparaît sur la scène automobile en 1977, année qui voit la disparition d’Elvis Presley. Pareille au King, elle est provocante à souhait et navigue à contre-courant de la 911. Fuhrmann condamne cette dernière et quelques années plus tard, Schutz la sauve in extremis. Comme Balladur et Mitterrand, les deux bolides doivent apprendre à cohabiter jusqu’à la disparition de la 928 GTS en 1995. Retour sur une GT pas comme les autres qui n’hésite pas à casser les codes du design et de la technique.

1977

SELON FUHRMANN, LA 911 N’A PAS D’AVENIR.

La Porsche 911 est une voiture mythique dont la particularité est d’avoir un moteur à plat. Disposé en porte-à-faux arrière, il est refroidi par air. Cette technique rend l’auto plus bruyante et la sportive n’est pas sûre de passer les crash-tests de manière favorable. Les normes américaines se renforcent et elle s’en trouve menacée. Persuadé qu’elle n’a pas d’avenir, Ernst Fuhrmann, P-DG de Porsche fraichement élu, s’attèle dès 1971 à la conception d’un nouveau modèle qui viendra en remplacement. Et l’enjeu est de taille car la 911 fait 50 % du chiffre d’affaire de Porsche sur le marché américain. Afin de préserver sa trésorerie, la firme allemande planche sur son remplacement. La tâche est d’ampleur et aucun échec n’est envisageable. Les ingénieurs partent d’une feuille blanche, une première depuis la création de la 356 en 1948. On pourrait résumer la genèse de la nouvelle Porsche ainsi : « Au commencement, Anatole Lapine créa la 928… La 928 était sans forme et vide, et l’obscurité couvrait le projet primitif. La mine de Lapine se déplaçait à la surface du papier. Alors Lapine dit : « Que la 928 paraisse ! » et la 928 parut. Lapine constata que la 928 était une bonne chose… » Mais pas pour tout le monde car certains fans de la 911 voient d’un mauvais œil l’arrivée de la petite sœur. Pourtant, elle réussit à s’ouvrir à un nouveau type de clientèle et à faire front.

Ernst Fuhrmann

NAISSANCE DE LA 928.

Le coupé 928 est déroutant à bien des niveaux. D’abord, sur le plan esthétique. Pour la première fois, le public peut l’apprécier au salon de Genève 1977. Anatole Lapine maîtrise parfaitement son crayon en la dotant d’un capot plongeant sur l’avant et d’une silhouette arrondie à l’arrière, le tout formant un profil de squale prêt à en découdre avec ses rivales Mercedes SL et autres coupés Aston Martin. D’autres éléments du design marquent les esprits. On note par exemple les boucliers couleur carrosserie qui ne viennent pas casser la pureté de la ligne ou les optiques ronds qui se redressent en pivotant. Au diable les phares escamotables qui furent un temps à la mode ! Ce physique novateur ne plaira pas à tout le monde mais cela n’empêche pas la 928 à devenir la première GT de l’histoire à gagner le trophée de « Voiture de l’année » en 1978.

La sportive est également déroutante côté technique. Sous son capot, on retrouve un bon V8 240 ch de 4.5 litres de cylindrée – V8 nécessaire pour séduire les USA ! –  qui contrairement à la 911, est disposé à l’avant. Gardons à l’esprit qu’elle doit au départ se doter d’un moteur 5-litres. Hélas, la crise pétrolière de 1973 revoit à la baisse les ambitions des ingénieurs pour ce modèle. Bien évidemment, cela a pour but de réduire la consommation à l’heure ou l’on parle d’économie d’énergie.

928 S – LES INGÉNIEURS DOPENT LE V8.

PORSCHE 928 S, Stuttgart invente une GT qui casse les codes.

A partir de la fin 1979 et de l’année-modèle 1980, la 928 S est commercialisée. Les ingénieurs dopent son V8 car ils pensent que le caractère de la 911 lui manque. Ainsi, le V8 évolue à 4.7 litres 300 ch et son taux de compression est augmenté. Avec ses spoilers avant et arrière, elle réussit à abaisser son Cx lui permettant de gagner 20 km/h en vitesse de pointe, pour atteindre 250 km/h ! Avec l’augmentation des performances, de nouveaux freins plus mordants voient le jour, ainsi que de nouvelles jantes. Cependant, le freinage reste délicat sur chaussée humide. Pour remédier à ce problème, l’ABS est disponible en option dès 1984. Porsche a également voulu une bonne répartition des masses, quasi 50/50 entre les deux essieux, en faisant le choix d’une architecture transaxle – c’est-à-dire moteur à l’avant et boîte de vitesses à l’arrière – très utilisée chez les constructeurs italiens. Notons également la présence du système Weissach de correction de pincement qui est destiné à combattre le survirage lorsque le conducteur vient à lever trop brusquement le pied en courbe. Cette technologie est une première mondiale.

PORSCHE 928 S, Stuttgart invente une GT qui casse les codes.
PORSCHE 928 S, Stuttgart invente une GT qui casse les codes.

La seule chose que l’on peut reprocher à l’auto est que l’injection K-Jetronic, qui ne figure que sur les S de première série, utilise un plateau-sonde qui peut se gripper si la voiture ne roule pas régulièrement. Dans ce cas, elle refuse de démarrer. Vous êtes prévenu !

A partir de 1981, Peter Schutz prend la direction de Porsche en remplacement de Fuhrmann. A contrario de son prédécesseur, il décide de sauver la 911. Seule la Porsche 928 S est toujours en production en août 1982, alors que la 928 originelle tire sa révérence.

PORSCHE 928 S, Stuttgart invente une GT qui casse les codes.

928 S – LES GÉNÉRATIONS SE SUCCÈDENT.

En 1983, Brian de Palma présente Scarface sur les écrans du monde entier. Une belle 928 apparait en second rôle dans plusieurs scènes du film. Cette année-là, la S passe à l’injection électronique et à l’allumage électronique. Dans cet article, nous l’appellerons S2 afin de distinguer les deux générations, mais sachez que cette appellation n’est officielle qu’en Angleterre. Partout ailleurs, la deuxième génération est toujours appelée 928 S. Dans cette version, le bolide gagne seulement 10 ch et en délivre désormais 310. Mais le plus intéressant reste la progression de son couple, la souplesse de la voiture et le gain de consommation de 10 %. Le passage de la boîte automatique à 4-rapports y est sans doute pour quelque chose. A noter que les modèles 1986 sont très intéressants, car en plus des évolutions citées ci-dessus, elle est déjà équipée des freins de la S4.

PORSCHE 928 S, Stuttgart invente une GT qui casse les codes.

Toujours en 1986, la S2 cède le flambeau. A cette époque, quelques versions S3 sont produites pour l’Europe. Les normes antipollution réduisent sa puissance à 288 ch et la dotent d’un catalyseur. A noter qu’à très bas régime, elle dispose d’un couple maximum.

La mécanique de la S4 quant à elle, est une évolution du bloc des S3. Il s’agit d’un V8 5-litres de 32 soupapes qui passe à 320 ch. C’est dans cette frénésie de performances qu’une S4, équipée d’un pot catalytique, bat plusieurs records du monde sur un lac salé aux Etats-Unis. Mais c’est en 1988, lors du salon de Genève, qu’apparaît la 928 S4 Club-Sport, disponible uniquement sur le Vieux continent. De cette variante naît la S4 SE, seulement vendue à 42 exemplaires en Angleterre. Ce modèle est aujourd’hui le plus prisé des collectionneurs.