PEUGEOT 205 GTI LA REINE DES LIONNES

On a tout dit sur la Peugeot 205 GTI ? Pas certain, d’autant que certaines légendes ont la vie dure. Inaugurer notre nouvelle rubrique des “nouvelles anciennes”, sans commencer par la reine, aurait été une faute professionnelle.

Mais pour un hommage parfait, il fallait un modèle à la hauteur du mythe. 35 ans après, l’émotion dégagée par un modèle en état neuf est intacte.  Donnez-moi les clés !!

Un malentendu

L’histoire de la 205, telle qu’elle est contée dans les livres genre Le Roi Lion est celle d’un extraordinaire succès qui sauva la marque Peugeot, le groupe PSA, que dis-je, la France !

Il est vrai qu’en terme de belle histoire, la 205 en impose.

Pourtant, au départ rien n’était gagné. Peugeot va mal quand le programme M24 est lancé. La concurrence européenne fait rage, l’intégration de Citroën, puis de Talbot se montre plus compliquée que prévu. Dans le bureau de style Peugeot, Gérard Welter monte une petite équipe chargée d’inventer l’avenir. Gérard Godfroy, arrivé quelques mois après Welter est un jeune designer plein de talent. Après avoir dessiné des buggys, il a tenté sa chance chez les grands constructeurs et Peugeot, qui doit renouveler son style lui a ouvert les portes de son centre de style de La Garenne Colombes.

Quand Godfroy pénètre pour la première fois dans les bureaux, au milieu des planches à dessin et des maquettes, tout le monde est préoccupé par…le futur Peugeot J9. Depuis des mois l’équipe cherche à renouveler l’utilitaire Peugeot J7. Des dizaines de maquettes sont systématiquement écartées, et tout le monde commence à perdre patience. Les aller-retours durent depuis 2 ans, Godfroy dessinera le J9 en 3 semaines. Il gagne la confiance de ses employeurs et sa place dans l’équipe M24, le projet 205.

Gérard Welter a son “petit caractère” et rapidement l’ambiance s’en ressent. Dans son coin, Godfroy travaille sur une maquette en clay. Pendant des semaines, il peaufine celle qui deviendra la voiture française emblématique des années 80 et 90. Un jour, Gérard Godfroy s’absente une journée pour assister au Salon de Genève. A son retour la maquette à disparu. Ce sera l’humiliation de trop, Godfroy quitte Peugeot et part chez Heuliez. Sa maquette, elle restera dans les murs et deviendra la Peugeot 205. Godfroy se vengera sur l’Alpine GTA avant de dessiner les Venturi. En reconnaissant l’enfant 205, Gérard Welter deviendra le designer emblématique, indissociable de la marque au Lion, fin de l’histoire.

La lionne la plus belle de la jungle

Notre modèle est une phase 1, année modèle 1986 comme l’autocollant d’origine à l’intérieur de la porte l’indique. Ce modèle est entièrement reconditionné et dans un état proche de la sortie d’usine. C’est chez Morel à Villedieu-les-Poêles que nous récupérons les clés de la bestiole. Cet endroit est bien connu des amateurs de rallyes raid, c’est dans ces murs que sont construits les buggys Optimus, au palmarès long comme l’annuaire de la Manche. Le patron nous fait faire le tour du propriétaire, et on comprend vite qu’il ne laisse rien au hasard. “C’est dommage ce rétro et ces anti-brouillards”. Le rétro n’est pas celui des GTI de cette année-là et les feux ne sont pas de la bonne marque. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour lui ça veut dire beaucoup. Les pièces seront montées dans les jours suivant notre séance photo.

Je prends le volant de la Peugeot dans l’arrière-pays Sourdain, riche en petites routes entourées d’arbres. J’avais oublié cette position de conduite. Dans une 205, et encore plus dans le baquet d’une GTI, l’assise est beaucoup trop haute. Si comme moi, vous avez un grand buste, votre crâne deviendra vite proche du ciel de toit. Ce petit désagrément s’oublie au moment de tourner la clé de contact. Le bloc XU en alliage léger, directement dérivé de celui de la 305 GT dégage une sonorité inoubliable qui me transporte instantanément dans les années 80. Comme à l’époque la marche arrière accroche, le guidage de la première est hasardeux, rien n’a changé.

Le premier grand amour reste le plus grand

Mais l’essentiel est ailleurs. Les rapports s’enchaînent, et l’aiguille du compte-tours s’affole. Si avec les années, les performances du 105 chevaux impressionnent moins, la démonstration de force fonctionne encore. C’est sportif et rageur, et une fois dans les tours, on reçoit toujours cet inimitable coup de pied aux fesses.

J’enchaîne les courbes avec prudence mais la petite coquine semble vouloir me pousser au crime. En augmentant le rythme, la direction gagne en légèreté, mais garde une vraie précision. Cette partie-là à mieux vieilli que le freinage, qu’il convient de doser avec douceur.

Ce qui n’a pas vieilli c’est l’inimitable “touché de route Peugeot”. Le conducteur est en prise directe avec la route, avec des suspensions informatives mais confortables, une direction précise mais pas trop dure, et un châssis à l’équilibre exemplaire.

La 205 virevolte, trace des lignes droites entre deux courbes, se cabre, laisse une trace au freinage, sa rage éclate au moindre bout de ligne droite.

Cette 205 est vivante, elle transpire, elle crie, et elle a besoin qu’on s’occupe d’elle.  Tout ce qui manque aux sportives d’aujourd’hui se trouve en abondance dans celle-ci. C’est comme ça qu’on construit une légende.