Les Alpine de Jean Rédélé, dans l’antre du patron

La dernière édition de Rétromobile a rendu hommage à un constructeur petit par la taille, mais immense par le talent, à travers un plateau unique d’une quinzaine de modèles de compétition dont plusieurs prototypes. J’ai eu eu la chance exceptionnelle d’approcher une partie de ces voitures mythiques qui portent réellement un pan de notre histoire de France. Une rencontre d’autant plus belle et émouvante qu’elle a eu lieu dans le garage historique de la marque, au 7e et dernier étage d’un célèbre immeuble parisien du XVIIIe arrondissement. On vous propose un aller simple pour le 7e ciel, forcément bleu de France !

Les Alpine de Rédélé, dans l’antre du patron

Texte et photos Thomas Riaud

Les Alpine de Jean Rédélé, dans l’antre du patron, sang Bleu

L’ouverture des portes de l’ascenseur crée un choc semblable à un uppercut rétinien. D’un coup, sans suspens, une dizaine d’Alpine de légende s’exhibent sans pudeur. Dans ces conditions, difficile de prêter attention aux autres modèles garés sous des housses. Pourtant, avec ces silhouettes de monoplaces et de barquettes historiques, on devine qu’il y a du lourd. Mais ces pépites ne sont pas au programme du jour. Pas de regret, d’autres joyaux sont là pour moi. Je n’ai jamais vu réunies autant Alpine de compétition. La force bleue est encore endormie, réunie là l’espace d’un instant avant fouler la moquette de Rétromobile, Porte de Versailles.

Les Alpine de Rédélé, dans l'antre du patron
Les Alpine de Rédélé, dans l’antre du patron
Les Alpine de Rédélé, dans l'antre du patron
Les Alpine de Rédélé, dans l’antre du patron

Passer de l’ombre à la lumière ne s’est pas fait en un jour. Toutes ont été exhumées des réserves de l’usine de Dieppe, au début des années 90, par Jean-Charles, le fils de Jean Rédélé. À force de persuasion, Il est parvenu à convaincre son père de les réveiller et de les remettre en état. Depuis, Jean Rédélé s’en est allé bien plus haut que le 7e étage de son garage, mais Jean-Charles a mené son rêve au but. Aujourd’hui, ces Alpines brillent à nouveau sur les circuits européens dès qu’un événement historique se présente. Parmi elles, on retrouve en nombre la Berlinette qui demeure la plus emblématique. C’est avec cette descendante directe du Coach A106 que la marque devait remporter le Championnat du monde des rallyes en 1973 (triplé au Monte-Carlo et au Tour de Corse), gagnant ainsi sa renommée internationale. Il est donc logique, et légitime, de voir la guest-star à l’honneur. Entre l’A110 patinée du patron, de 1965, une Groupe 4 1860 cm3 affûtée et une 1440 cm3 au palmarès fabuleux (Tour de Corse et Coupe des Alpes 1968), je suis servi au-delà de mes espérances. Ajoutons à celles-ci une autre rareté produite à seulement cinq exemplaires : un modèle de 1967 équipé d’origine des jantes des prototypes A210.

Les Alpine de Rédélé, dans l'antre du patron
Les Alpine de Rédélé, dans l'antre du patron
Les Alpine de Rédélé, dans l’antre du patron
Les Alpine de Rédélé, dans l'antre du patron
Les Alpine de Rédélé, dans l’antre du patron

Les Alpine de Jean Rédélé, dans l’antre du patron, souvenirs d’en France

Ces prototypes encore plus confidentiels que les A110 de compétition me renvoient à une autre aventure de la saga Alpine : l’épopée de l’Endurance, notamment aux 24 Heures du Mans. Construites dès 1963 à 3 ou 4 exemplaires seulement, les premières M63 et M64 combinaient finesse et élégance, mais elles manquaient singulièrement de puissance pour viser la victoire au général. La M63 ne franchira jamais la ligne d’arrivée, mais l’année suivante, avec son 1150 cm3 signé Amédée Gordini, la M64 parviendra à s’imposer dans sa classe. Mieux, elle décrochera un triplé historique aux 12 heures de Reims. Fin 1967, de nouvelles ambitions apparaissent avec la naissance d’un V8 3 litres Gordini, monté sur les A211 et A220. De véritables œuvres d’art sculptées par le vent, sont côte à côte dans le garage. Elles se distinguent par leur ligne profilée et leurs imposantes dérives latérales arrière. Malgré des performances remarquables (plus de 300 km/h dans les Hunaudières), l’écurie devra abandonner sur casse moteur. Il faudra patienter jusqu’en 1973 pour voir Alpine revenir en Endurance, avec le prototype A440. Une année faste pour la marque qui doit également gérer le lancement chaotique de la nouvelle A310 (présentée 2 ans plus tôt), destinée à remplacer la mythique A110. Longtemps décriée pour son embourgeoisement et les performances limitées de son quatre cylindres, l’A310 gagnera ses galons en compétition quelques années plus tard. Guy Fréquelin et Jean Ragnotti sauront écrire à son volant d’autres belles pages de l’histoire d’Alpine en rallye. La présence d’une bestiale A310 Groupe 4 1860 cm3 est là pour le rappeler. À partir de 1976, l’A310 monte enfin en puissance en recevant le moteur V6 PRV. Une autre Groupe 4, provenant de la collection Rédélé, équipée cette fois du V6, vient compléter ce plateau de rêve. Après un titre en 1977 de Champion de France des Rallyes pour Fréquelin et de Champion de France de Rallycross pour Ragnotti, le programme compétition de l’A310 est abandonné par Renault qui préfère se recentrer sur l’Endurance et la F1. Une fin en forme d’apothéose au Mans 1978, avec la victoire de l’équipage Jassaud/Pironi sur l’A 442B, motorisée par un V6 Renault Gordini 2 litres turbo. Ce sera un beau souvenir d’enfance, un beau souvenir d’en France.

Les Alpine de Rédélé, dans l'antre du patron
Les Alpine de Rédélé, dans l’antre du patron
Les Alpine de Rédélé, dans l'antre du patron
Les Alpine de Rédélé, dans l’antre du patron
Les Alpine de Rédélé, dans l'antre du patron
Les Alpine de Rédélé, dans l’antre du patron