Essayer une Rolls-Royce est quelque chose qui ne se refuse pas. Parce qu’on ne contredit jamais sa majesté et parce l’occasion ne se présente pas tous les jours. Surtout quand le modèle en question a permis à son constructeur de faire un bond en avant sans précédent, et marqué à tout jamais l’histoire de la marque.

Le temps ne compte pas

“Spirit of Ecstasy” survole l’abbaye de Hambye, près de Villedieu-les-Poêles

Ce matin Villedieu-les-poêles aurait presque des airs de village anglais, le ciel est bas et les pierres font furieusement penser à la perfide Albion.  En arrivant, on se dit que c’était le bon endroit pour tester une Rolls. Notre hôte a d’ailleurs tout du Dandy Anglais. Brieuc à la vingtaine, et une jolie moustache, ce qui ne l’empêche pas de faire son trou dans le milieu de la restauration automobile. Passionné depuis toujours par les vieilles anglaises, il roule tous les jours en Triumph et en a retapé des parkings entiers avant de se mettre à son compte.

Au fond du garage Auto Mobilia, la belle blanche nous attend, immaculée.

Dans le style art nouveau, la mascotte représente une danseuse de voiles. Appelée danse serpentine, cette chorégraphie était en vogue au début du 20ième siècle.

La Rolls-Royce Silver Shadow marque un tournant dans l’histoire de la marque. Il s’agissait de renouveler le genre, sans se couper de la plus conservatrice clientèle au monde. Abandonner les formes aristocratiques sans perdre en route les aristocrates. Chez Rolls-Royce on ne fait rien comme tout le monde et à une époque où l’industrie automobile anglaise produit essentiellement de la bouillie, la Silver Shadow devra marquer les esprits de sa perfection. Les anglais n’ont pas la même notion du temps que des humains normaux. Ces pervers utilisent les horloges essentiellement pour connaître l’heure du thé. Malgré tous leurs défauts, ils savent ce qu’est de respecter les traditions et sont capables de beaucoup de patience. C’est comme ça qu’ils ont mis 10 ans à concevoir cette descendante de la Silver Cloud. Parce qu’il fallait faire très bien, et parce que rien ne pressait.

L’artisanat moderne

Le style victorien a perduré tout le 20ième siècle chez Rolls-Royce, par ses tableaux de bord en ronce de noyer
La console centrale est caractéristique d’environ la deuxième moitié de la production de la Silver Shadow 1: elle prolonge la planche de bord jusqu’au plancher. Son contour en cuir est reconnaissable.

La rupture avec la Silver Cloud ne devait pas être uniquement stylistique, mais évidemment aussi technique. Une véritable révolution industrielle et culturelle. Tout d’abord, la petite dernière abandonne le châssis séparé au profit de la première monocoque autoportante de la marque. Première voiture de Crew équipée de 4 roues indépendantes, elle reçoit aussi un correcteur d’assiette automatique et hydraulique. Cela vous rappelle quelque chose ? Justement notre belle anglaise utilise un brevet Citroën. D’abord monté sur les 4 roues, il équipe notre modèle de 1972 uniquement aux roues arrière, comme toutes les Silver Shadow post 1969. Comme pour rattraper d’un coup tous les retard accumulés, la vénérable marque de Crew impose également des freins à disques. Le genre de détail bienvenu dès qu’il est question de ralentir 2,3 tonnes. Avec un triple circuit assisté, le système de freinage mériterait un livre à lui tout seul. Mai 1968 est passé par là et votre chauffeur travaillera moins dur, grâce à une direction assistée.