Harley-Davidson WLA et WLC : l’effort de guerre de Milwaukee
À l’approche des commémorations du Débarquement et du 6 juin en Normandie, Rétro Passion Automobiles vous propose une série d’articles consacrée aux véhicules emblématiques de la Seconde Guerre mondiale.
Motos militaires, camions tactiques, véhicules de liaison ou machines devenues légendaires, ces mécaniques ont accompagné les soldats sur tous les fronts et sont aujourd’hui de véritables témoins de l’Histoire.
À travers cette série, nous reviendrons sur leur conception, leur rôle durant le conflit, leurs caractéristiques techniques ainsi que leur héritage auprès des collectionneurs et passionnés de véhicules anciens.
Premier arrêt à Milwaukee avec les mythiques Harley-Davidson WLA et WLC, les motos militaires qui ont accompagné les forces alliées durant la Libération de l’Europe.
Ne reculant devant aucun sacrifice pour nos lecteurs, je suis allé rencontrer Guillaume heureux propriétaire d’une Harley Davidson WLC revendue il y a quelques mois pour un modèle WLA. Rencontre avec une gamine de 1943 qui désormais traine ses roues sur les routes du Bessin bien loin de son Wisconsin natal qu’elle quittait il y a 83 ans.
Harley-Davidson WLA et WLC : les motos militaires devenues légendes
Parmi toutes les motos engagées durant la Seconde Guerre mondiale, peu ont marqué l’histoire autant que les Harley-Davidson WLA et WLC. Symboles de la libération de l’Europe, ces machines robustes ont accompagné les troupes alliées sur tous les fronts, des plages de Normandie jusqu’aux routes poussiéreuses d’Europe de l’Est et même le Pacifique via le programme de prêt-bail américain.
Aujourd’hui encore, elles restent des icônes absolues de l’univers militaire et du patrimoine Harley-Davidson.

La naissance de la Harley-Davidson WLA
Lorsque les États-Unis commencent à préparer leur effort de guerre au début des années 1940, Harley-Davidson adapte sa moto civile WL pour répondre aux besoins de l’armée américaine. Ainsi naît la WLA.
Le nom du modèle suit la nomenclature de la marque :
- W : famille des moteurs 45 cubic inches
- L : version haute compression
- A : “Army”.
La production débute dès 1940, avant même l’entrée officielle des États-Unis dans la guerre. Après Pearl Harbor, la cadence explose et plus de 56 000 exemplaires seront produits pendant le conflit.

Une moto pensée pour la guerre
La WLA reprend la base mécanique du modèle civil WL, mais reçoit de nombreuses modifications militaires destinées à améliorer sa robustesse et sa discrétion sur le terrain.
Parmi les équipements spécifiques :
- peinture olive drab mate
- éclairage “blackout” pour les déplacements nocturnes
- filtre à air à bain d’huile
- sabot moteur
- porte-bagages renforcé
- sacoches militaires
- support pour fusil ou mitraillette Thompson
- garde-boue découpés pour éviter l’accumulation de boue.
Le moteur bicylindre en V de 742 cm³ à soupapes latérales développe environ 25 chevaux. Peu puissant sur le papier, il se révèle extrêmement fiable et capable de fonctionner avec des carburants de faible qualité, un avantage majeur en temps de guerre.

La “Liberator”
En Europe, la Harley-Davidson WLA reçoit rapidement le surnom de “Liberator”. Les soldats américains arrivent dans les villes libérées au guidon de ces motos devenues emblématiques.
Contrairement à l’image populaire, la WLA n’est pas réellement utilisée comme moto de combat. Elle sert surtout :
- aux missions de liaison
- aux escortes
- à la police militaire (le seul modèle avec la sirène)
- au transport rapide de messages
- aux convois.







Sa simplicité mécanique permet des réparations rapides sur le terrain, ce qui contribue largement à sa réputation.

La WLC : la version canadienne
Le Canada adopte également la Harley-Davidson, mais demande plusieurs modifications adaptées à ses propres standards militaires. Harley développe alors la WLC, le “C” signifiant Canada.
Environ 18 000 à 20 000 exemplaires sont produits entre 1941 et 1944. Certaines seront également livrées au Royaume-Uni et à l’Australie.

Les différences entre WLA et WLC
Visuellement proches, les deux modèles présentent pourtant plusieurs différences techniques importantes.
Transmission et commandes
La WLC adopte notamment :
- – un embrayage manuel différent mais l’embrayage au pied est conservé
- – plusieurs composants renforcés issus des “Big Twin” Harley-Davidson.
- – une béquille avant
- – des roues identiques afin de pouvoir remplacer l’avant par l’arrière en cas de crevaison
Éclairage militaire spécifique
Les modèles canadiens utilisent également un système de blackout différent, conforme aux standards du Commonwealth.
Équipements renforcés
Les WLC reçoivent généralement des éléments plus lourds et plus robustes, destinés à résister aux conditions difficiles rencontrées par les forces canadiennes.
Une production gigantesque
Entre les WLA américaines et les WLC canadiennes, près de 70 000 motos militaires Harley-Davidson sont produites pendant la Seconde Guerre mondiale.
Une grande partie est envoyée aux alliés via le programme de prêt-bail. L’Union soviétique reçoit à elle seule environ 30 000 WLA.
Après la guerre, beaucoup de motos sont revendues comme surplus militaires. Certaines seront transformées en motos civiles, bobbers ou choppers, contribuant indirectement à la naissance de toute une culture custom américaine.
Une icône toujours vivante
Aujourd’hui, les Harley-Davidson WLA et WLC sont très recherchées par les collectionneurs et passionnés de véhicules militaires. Présentes dans les commémorations du Débarquement en Normandie, les reconstitutions historiques et les rassemblements vintage, elles incarnent à elles seules une partie de l’histoire de la Libération.
Leur silhouette immédiatement reconnaissable, leur son caractéristique et leur importance historique en font bien plus que de simples motos : de véritables morceaux d’histoire roulants.
Après la guerre
Après la Seconde Guerre mondiale, les Harley-Davidson WLA et WLC connaissent une seconde vie particulièrement riche. Une fois le conflit terminé, des milliers de motos militaires deviennent inutiles pour les armées alliées et sont revendues comme surplus militaires à très bas prix.
Des motos revendues partout dans le monde
Aux États-Unis, au Canada et en Europe, d’anciens soldats, mécaniciens et passionnés rachètent ces Harley-Davidson robustes et faciles à entretenir. Beaucoup sont alors transformées pour un usage civil :
- – suppression des équipements militaires
- – nouvelles peintures chromées ou colorées
- – ajout de selles plus confortables
- – modifications du guidon et des garde-boue
Dans une période où les motos neuves restent coûteuses, les WLA et WLC deviennent une base idéale pour rouler au quotidien et de nombreux malins flairent la bonne affaires, certaines concessions HD trouvent leurs origines dans ce business.
Les débuts de la culture custom
Ces anciennes motos militaires jouent un rôle majeur dans la naissance de la culture custom américaine.
Dans les années 1940 et 1950, de nombreux motards commencent à alléger leurs machines :
- – garde-boue raccourcis
- – équipements supprimés
- – motos dépouillées pour gagner du poids
C’est ainsi qu’apparaissent les premiers “bobbers”, ancêtres directs des choppers américains qui exploseront dans les années 1960 et 1970. Beaucoup d’anciennes WLA sont donc modifiées, parfois très loin de leur configuration militaire d’origine.
Des motos exportées dans toute l’Europe
En Europe, certaines Harley-Davidson militaires restent utilisées pendant plusieurs années :
- – police
- – administrations
- – armées nationales
- – services postaux
D’autres sont récupérées par des civils dans l’immédiat après-guerre, notamment en France, en Belgique ou aux Pays-Bas.

Caractéristiques techniques de la Harley-Davidson WLA
- Moteur : bicylindre en V à 45°
- Cylindrée : 742 cm³
- Distribution : soupapes latérales (Flathead)
- Puissance : environ 25 ch
- Boîte de vitesses : 3 rapports
- Transmission finale : chaîne
- Fourche : springer
- Vitesse maximale : environ 105 km/h
- Poids : environ 245 kg

Interview :
J’ai posé quelques questions à Guillaume :
Parlez nous de votre histoire avec la Harley Davidson WLA ?
J’ai toujours été passionné par l’histoire du débarquement puisque mes grands-parents ont vécus le 6 juin 1944 à quelques kilomètres de Omaha Beach, surnommée « Omaha la sanglante », et étant également motard et passionné de Harley Davidson j’ai toujours été attiré par la WLA. Cette Moto a été utilisée par l’armée US lors du DDAY ici en Normandie c’est donc tout naturellement qu’après de nombreuses années j’ai pu m’offrir la moto de mes rêves après pas mal de recherches.
C’est plaisir de rouler toute l’année au guidon de cette moto que j’entretien et répare moi-même. j’affectionne tout particulièrement de parcourir les petites routes de la région en hiver, quand la météo est moins clémente et la chaussée moins propre. A son guidon on oublie presque qu’elle a désormais 83 ans.
Photos @gru.cho.7 et RPA
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