Futur collector : Peugeot 406 coupé

Futur collector : Peugeot 406 coupé, dernier été à Turin

Lors de la disparition des coupé et cabriolet 504 en 1983, beaucoup de leurs propriétaires ainsi que de nombreux autres clients de la marque au lion regretteront qu’ils soient restés sans descendance. Le bureau d’études de Sochaux avaient évidemment étudiés le développement de versions semblables qui devaient venir compléter la gamme de la remplaçante de celle qui lui succéda au sein de la gamme Peugeot, la 505.

Malheureusement pour les amateurs de grand tourisme made in France et de conduite au grand air, la période économique troublée que traverse alors Peugeot obligeant finalement la direction du constructeur a remisé ce projet dans les tiroirs. Comme cela arrive souvent chez les constructeurs, lorsque ceux-ci vont mal, ils n’hésitent alors pas, sans guère d’états d’âme, à supprimer tous les modèles en tant soit peu « frivoles » ou occupant des marchés de niche et qui sont jugés insuffisamment rentables. Les plus fidèles clients du constructeur de Sochaux devant alors se contenter, pour la conduite au grand air, des versions découvertes des populaires 205 et 306.

Il faudra attendre que le lion ait retrouvé des couleurs pour que l’état-major accepte, au moment de la mise en chantier de la 406 de valider le projet du bureau d’études d’un dérivé à deux portes qui doit, dans leur esprit comme dans celui-ci de ses concepteurs, incarné une nouvelle vision du « grand tourisme à la française ». Il ne s’agit bien sûr pas, ici, d’aller chasser sur les terres de Jaguar, BMW ou Mercedes ou encore de créer une descendante des Facel Vega. Les ambitions de l’état-major ainsi que du bureau d’études de Sochaux étant quelque peu plus modestes. Il s’agit donc bien ici d’offrir enfin une descendance aux coupé et cabriolet 504, ce à quoi ceux-ci n’ont jamais eu droit sur la 505.

Peugeot 406 coupé

Futur collector : Peugeot 406 coupé

Après une éclipse longue de quatorze ans, est finalement présenté, en mai 1997, la nouvelle incarnation du « grand tourisme populaire français » selon Peugeot, le coupé 406. A l’image de sa devancière, la version à deux portes de la 406 bénéficie d’une carrosserie au style spécifique, n’ayant aucun panneau de carrosserie en commun avec la berline ou le break, ce qui lui confère une identité particulière.

Comme on était en droit de l’attendre d’un maître carrossier italien comme Pininfarina, les lignes seront unanimement saluées, tant par le public que par la presse automobile, comme une réussite esthétique. Celles-ci, de l’avis de beaucoup d’amateurs, évoquant même, sous certains angles, celles de la Ferrari 456 GT. Certains (voire beaucoup) ne se priveront toutefois pas d’exprimer leurs regrets que cette 406 « grand tourisme » ne soit uniquement proposé qu’en coupé et ne bénéficie donc pas, comme cela avait été le cas sur la 504, d’une version décapotable. Sans doute la direction de la firme sochalienne avait-elle estimé, au vu des chiffres de vente qui avait été réalisé par ce dernier, à la fin de sa production en 1983, (8 000 cabriolets contre 22 000 coupés) que, au vu de la production assez confidentielle qu’aurait probablement connu un cabriolet 406, une production de celui-ci en série n’aurait pas été rentable.

Futur collector : Peugeot 406 coupé

Autre bémol pointé du doigt tant par les premiers que par les seconds, le regret que l’identité spécifique conférée par cette nouvelle carrosserie ne se soit pas étendue à l’habitacle, en tout cas en ce qui concerne le tableau de bord. Le coupé 406 se contentant, en effet, de reprendre la même planche de bord que celle montée sur le coupé et le break qui, sans aller jusqu’à dire qu’elle soit laide, présente toutefois un aspect un peu trop « consensuel » et, même, manque quelque peu d’inspiration.

Pour ce qui est de la partie technique, afin de permettre d’abaisser le plus possible les coûts de production, non seulement les motorisations mais aussi la quasi totalité des composants mécaniques sont identiques à ceux montés sur les 406 à quatre ou cinq portes, ce qui, évidemment, facilite aussi grandement l’entretien et les réparations.

Futur collector : Peugeot 406 coupé

Si la version haut de gamme est évidemment équipée d’un V6, le vénérable V6 PRV qui avait animée tous les modèles « de prestige » de la marque au lion, depuis la 604 jusqu’à la 605, en passant par la 505 ainsi que les coupé et cabriolet 504, ayant fait son temps (il a été commercialisé au milieu des années 70) et n’étant également plus au niveau sur le plan des performances, il cède désormais sa place, sur le coupé 406, au niveau V6 type ES9J4, de conception plus moderne et aussi plus performant et plus sobre. Cette nouvelle motorisation a, toutefois, tout comme le V6 PRV, été conçu en collaboration avec Renault. S’il se montre assez léger grâce à son bloc-moteur en aluminium, il présente toutefois une architecture assez classique sur ce genre de mécaniques, avec un angle d’ouverture à 60 degrés. Un V6 qui ne peut toutefois pas vraiment se prévaloir d’être un « foudre de guerre », celui-ci n’affichant, en effet, qu’une puissance assez « juste », voire relativement modeste avec à peine 194 ch alors que sa cylindrée atteint pourtant près de 3 litres (2 946 cc très exactement).

Futur collector : Peugeot 406 coupé

Il convient toutefois de rappeler que Peugeot n’est pas BMW ou Mercedes et que la « performance pure » (en tout cas en ce qui concerne les modèles de série) n’a jamais figuré dans l’ADN et donc dans la tradition de la marque, celle-ci ayant toujours préféré privilégier, sur ses moteurs V6, la fiabilité et la souplesse d’utilisation à la « puissance brute ». Et, de ce point de vue, le nouveau V6 Peugeot remplit parfaitement sa mission. Comme il est souvent incontournable sur ce genre de motorisation et avec un modèle qui veut s’inscrire sur le marché des coupés de grand tourisme, le nouveau coupé Peugeot est proposé, dès son lancement, outre la boîte manuelle cinq vitesses montée de série, avec une boîte automatique à quatre rapports d’origine. Même si le coupé 406 ne fut jamais une sportive, tant parmi les journalistes qui eurent l’occasion de l’essayer que des clients qui en firent l’acquisition, beaucoup regrettèrent néanmoins que la première transmission proposée n’est pas été dotée d’un sixième rapport afin de pouvoir exploiter pleinement le potentiel du V6, ce qui aurait aussi l’avantage non négligeable de diminuer sensiblement la consommation.

Futur collector : Peugeot 406 coupé

Si la version V6 « Peugeot-Renault » constitue évidemment le vaisseau amiral de la gamme, elle n’est toutefois pas la seule motorisation proposée au catalogue. Même si Peugeot est toujours été, avant tout, un constructeur « généraliste » ou spécialisée dans les modèles « populaires » et si le nouveau coupé de la marque reprend la base d’une brave berline familiale dont la personnalité et les performances n’étaient pas vraiment l’atout majeur, les coupés ont toujours été considérés, dans leur majorité, comme des modèles de grand tourisme. Afin d’assurer à son nouveau coupé le plus large public et donc le plus grand succès commercial possible, la marque se voit donc obliger d’adjoindre à celui-ci des motorisations, certes, moins puissantes mais aussi plus sobres. Au moment de sa commercialisation, en dehors du V6, le coupé 406 n’est toutefois proposé qu’avec une seule autre motorisation : un quatre cylindres de 2 litres développant 135 chevaux.

Futur collector : Peugeot 406 coupé

Les études marketing menées par la marque ayant cependant montré que la grande majorité de la clientèle de ce genre de modèles se trouvait au sein des personnages d’âge plutôt « mûr », qui, jusqu’à présent,  conduisaient surtout des berlines grande routière comme la 605 ou la Citroën XM ou la Renault Safrane. C’est-à-dire des « gros rouleurs » ou, à tout le moins, des conducteurs au tempérament plutôt placide qui ne sont pas du genre à appuyer à tout bout de chant sur l’accélérateur. En plus d’en reprendre la base technique, il n’est donc pas étonnant que la version deux portes de la 406 en reprenne aussi le tempérament. Ce que recherche avant tout la clientèle en faisant l’acquisition de ce nouveau coupé made in France, c’est donc, avant tout et surtout, un modèle fiable pouvant servir aussi bien pour partir tous les matins au travail ou aller faire ses courses que pour partir en vacances sur la côte d’Azur.

Futur collector : Peugeot 406 coupé

De ce point de vue, le nouveau coupé de la marque au lion se montrera pleinement à la hauteur de leurs attentes (même si la presse spécialisée, un peu sourcilleuse ou tatillonne, ne manquera pas de souligner que, sur le plan de la fiabilité mécanique comme de la qualité de finition, elle n’atteignait cependant pas le niveau de ses rivales germaniques).

La preuve est que le succès commercial va être immédiat, dès les premiers mois de sa commercialisation, au point que le constructeur, ayant sous-estimé la demande, va devoir obligé, d’un côté, à rallonger les délais de livraison et à presser les ouvriers de l’usine de Sochaux à redoubler d’efforts afin de parvenir à satisfaire la demande. Outre qu’elle arrive à point nommer afin d’offrir à la 406 le côté « glamour » ou « prestigieux » voire « exclusif » qui manquent, de manière flagrante, à la berline et au break (sans compter que les versions musclées de sa devancière, les 405 Mi16 et T16, ne connaîtront pas de descendance sur la 406), elle arrive également à point nommer pour effacer des mémoires l’échec commercial, cinglant et humiliant, de la 605. L’accueil plus qu’enthousiaste reçut par le coupé 406 prouvera également, et de manière éclatante que « haut de gamme » et « français » n’étaient pas devenu des termes et des notions incompatibles et que, lorsqu’il était bien conçu et habillée d’une ligne élégante, il pouvait même être un vrai et grand succès commercial.

Futur collector : Peugeot 406 coupé

Au vu de celui-ci, qui dépasse même les espérances de la marque au lion, celle-ci n’y apportera aucune modification majeure durant ses premières années de carrière. Le modèle ayant déjà été produit en 1999 à plus de 50 000 exemplaires, ce qui démontre indéniablement qu’elle connaît un succès sans précédent pour un coupé Peugeot, non seulement en France mais aussi, plus généralement, sur le marché européen. C’est aussi cette même année que celui-ci connaît son premier changement majeur, avec une nouvelle motorisation « d’entrée de gamme ». S’il s’agit toujours d’un 4 cylindres de deux litres et s’il est à peine plus puissant que le précédent, il s’agit désormais de celui qui est aussi monté sur les 206 S16. Celui-ci présentant l’avantage non négligeable de se montrer nettement plus rageur que l’ancienne motorisation, offrant ainsi un tempérament nettement plus sportif au coupé 406, même si cela n’en fait pas  pour autant un bolide de rallye. Non seulement parce que ce n’est pas là la vocation de ce coupé mais aussi du fait que, autant par ses dimensions plutôt imposantes* que par son poids non négligeable (entre 1 340 et 1 485 kg à vide selon les versions), il ne se prête guère à la conduite sportive.

Futur collector : Peugeot 406 coupé

L’année suivante, c’est la version à moteur V6 qui a droit à un programme d’optimisation technique. S’il s’agit toujours de la même motorisation qu’auparavant, une série d’améliorations mécaniques permettent de faire passer sa puissance de 194 à 210 chevaux. Si ce léger ajout de puissance n’a que peu d’effets sur les performances en elles-mêmes, elles bénéficient, en revanche, à l’agrément de conduite, tant en ce qui concerne la sonorité du moteur que sa souplesse d’utilisation. Tant en ce qui concerne le 4 cylindres que le V6, cette évolution technique a aussi pour effet de faire diminuer sensiblement la consommation, que beaucoup d’acheteurs comme de commentateurs de la presse automobile avaient, dans les deux cas, jugée un peu trop élevée. Sans doute est-ce en raison des critiques qui avaient été formulées à ce sujet, dès le lancement du modèle, que Peugeot décide finalement, en 2001, d’inclure au sein de la gamme une version diesel. Si le constructeur fut le pionnier de la production en série de voitures à moteurs Diesel, en revanche, pendant longtemps, ce genre de motorisations fut réservée aux modèles de tourisme à vocation populaire, voire même utilitaire, comme les berlines ou les breaks. Dans le passé, les modèles « grand tourisme » de la marque au lion n’en avaient d’ailleurs jamais été équipés. Même si, à l’étranger, d’autres constructeurs ont déjà commencé, à l’époque, à « briser le tabou », aux yeux d’une part assez importante de la clientèle, proposer un moteur fonctionnant au gasoil sur un modèle de cette catégorie peut encore apparaître comme un choix incongru, voire « contre nature ».