Zoom sur le…LANCIA CLUB FRANCE

Des aficionados au service de la mémoire

Un rassemblement au Château de Menthon-Saint-Bernard, au bord du lac d’Annecy, lors d’un rallye en 2014

Vincenzo avait-il idée que les automobiles Lancia remporteraient un tel succès ? Rien n’est moins sûr. Constructeur champion du monde des rallyes mettant l’innovation au cœur de son projet, il avait l’ambition et le talent pour parvenir à ses fins. La réussite était telle que la firme italienne due créer une usine française, sise à Bonneuil-sur-Marne, afin de contourner les taxes à l’importation. Le cinéma français a également joué un rôle en devenant la vitrine de la marque. Par exemple, on se souvient de Paroles de Flics ou Et Dieu créa la femme… Toute une époque, aujourd’hui teintée de nostalgie !

3 Lancia Aurelia: deux B20 avec une B24 cabriolet au centre. Dans le film “Et Dieu créa la Femme”, Brigitte Bardot roule en B24 Spider, dont le pare-choc avant est en deux éléments.

Lancia : une histoire mouvementée

Mais l’histoire de Lancia ne se résume pas qu’à un conte de fée. En février 1907, un incendie se déclare dans l’atelier : tous les plans du prototype du premier véhicule de la marque turinoise sont réduits en cendres. Mais Vincenzo ne se décourage pas, il persévère… jusqu’à son décès en 1937 ! La firme passe alors des mains de Madame Lancia à Italcementi, en passant par Fiat. Malgré les succès et les tentatives à redresser le navire, fragilisé par les crises de 2000 et 2008, la marque disparaît de France et d’Europe en 2017.

Bien que l’Italie continue à commercialiser l’Ypsilon, l’avenir de la marque reste incertain. Il existe déjà des veilleurs de mémoire comme le Lancia Classiche Heritage, département basé à Turin. Mais le plus important est la reconnaissance du public. En France, une poignée d’aficionados continue de faire vivre l’incroyable histoire de la firme de Turin en restaurant des voitures et en transmettant l’héritage. Un passé glorieux dont ils deviennent les gardiens.

De la Lambda à la Thesis

Parfois, il naît des passions dans le cœur des hommes qui sont si fortes qu’ils ressentent l’envie de partager, communiquer et faire vivre l’idée commune d’un nouveau projet. C’est ce qui arrive en 1980 à un passionné d’automobiles italiennes : Maître Croze. Ainsi, le Lancia Club France – LCF pour les intimes – voit le jour.

Depuis sa genèse, l’association 1901 rassemble des aficionados qui prennent plaisir à se retrouver au détour d’une manifestation. Et lors de ces événements, ce ne sont pas les propriétaires qui sont des stars mais leurs autos qu’ils chérissent comme un membre de la famille.

Aujourd’hui le club, composé de 220 sociétaires, rassemble un éventail de modèles plus large qu’on peut le penser, comme le confirme Daniel Pottier, Président du LCF depuis 1994 : « La « collection » commence en 1920-21 avec quelques Lambda jusqu’aux derniers modèles commercialisés comme la Thesis. Tous les véhicules Lancia sont acceptés pourvu qu’ils correspondent à l’esprit du club. »

La Lancia Lambda

En effet, s’il faut garder cet esprit intact, il n’y a pas mieux pour le faire que ces deux grands chefs-d’œuvre emblématiques conçus par les ingénieurs de chez Lancia. Car même si huit décennies séparent les deux modèles, ils furent dans leurs époques respectives des fleurons de l’industrie automobile. La Lambda, commercialisée à partir de 1923, était réputée pour son moteur V4, sa coque autoporteuse et ses suspensions avant indépendantes. Son centre de gravité était plus bas que la normale puisque l’arbre de transmission était logé à l’intérieur de l’habitacle, abaissant ainsi la carrosserie. Environ 13 000 exemplaires furent assemblés. Quant à la Thesis, utilisée par le gouvernement italien dès 2002, elle en fut la digne descendante. Moderne et luxueuse, ce salon roulant reprenait la technologie des LED pour plus de sécurité.

Dilamba, Artena, Aurelia, Fulvia, Flaminia… Réunion de chefs d’oeuvres qui ont marqué l’histoire de l’automobile

Innovantes et originales, elles méritent leurs places dans le LCF. Comme toutes les Lancia d’ailleurs ! Cependant, Daniel Pottier précise : « Nous disons aux gens qui viennent avec une Ypsilon que c’est bien, mais qu’ils se sentiront peut-être mal à l’aise car les années cinquante à quatre-vingt sont notre cœur de cible. » Peut-être que l’Ypsilon n’est pas assez emblématique pour être comme un poisson dans l’eau au milieu de ces voitures dont l’aura est immense ! Elle doit sans doute encore parcourir du chemin pour être considérée véhicule d’exception.

Faire confiance au marché

De gauche à droite: La Lancia Lambda et la Dilambda

Et pour participer aux différents rallyes organisés par le club, il vaut mieux avoir un véhicule parfaitement entretenu, quelle que soit l’année. Plusieurs tentatives de refabrication de pièces mécaniques ont été avortées par le LCF faute de temps, de place et de désaccords. Mais comme le dit Daniel Pottier, « nous avons depuis de nombreuses années fait confiance au marché. Car il est vrai que depuis cinq ans, avec le mouvement de la voiture ancienne, le marché pourvoit de manière efficace aux demandes les plus communes. » L’émergence des réseaux sociaux et des sites tels que Subito, Le Bon Coin ou eBay ont permis au marché des pièces d’occasion de s’organiser, ce qui permet aux Lancistes de trouver à peu près tout. Concernant les pièces de carrosserie, cela est plus compliqué. Mais le LCF a des atouts. « Le Club a certainement la bibliothèque technique la plus fournie. C’est-à-dire qu’on a quasiment tous les manuels possibles en français, » estime M. Pottier. Alors si vous avez des problèmes pour réparer votre Lancia faute de documentation, vous savez désormais où demander.

Pour le marché français, la Lancia Augusta est baptisée Belna

D’aventure en aventure

A l’instard de l’Augusta, la Lancia Aprilia s’appelle Ardennes en France. Rares sont celles et ceux qui peuvent contempler les Ardennes au bord du lac d’Annecy.

Et si votre voiture est prête à dévorer de l’asphalte, il reste les rallyes-promenades organisés par le club comme ceux de printemps et d’avril, celui organisé cette année dans le Gers sans oublier la randonnée des Alpes qui a eu lieu en juin. Pour François Dupont, « ces événements sont autant collectifs qu’individuels ». Il explique cela par le fait qu’il est « seul dans sa voiture à rouler » mais que les participants se « retrouvent pour déjeuner ou diner. » A cet instant, « c’est un vrai moment de partage, un plaisir de se rencontrer. » Pour comprendre son amour pour la marque turinoise, il faut remonter à ses années de fac : « je passais souvent devant une clinique et je croisais une femme médecin qui roulait en Flavia. Et je me suis dit qu’un jour j’aurais une Lancia. » Un rêve qu’il décide d’accomplir en 2005 avec l’acquisition d’une Flavia 2000 Coupé Pininfarina de 1970. Puis, il récidive en 2009 avec une Appia convertible de 1961. Comme quoi toutes les passions ont une histoire !

Une Lancia Delta à gauche, une Beta Montecarlo à droite: De nombreuses stars des années 80 sont présents aux rassemblements du Lancia Club France.

Reste également les Salons comme Rétromobile. L’événement de grande envergure a attiré en 2019 près de 132 000 visiteurs et le club y participe depuis 1991. Cette année, le Lancia Club France a eu la chance d’accueillir sur leur stand le magnifique prototype Stratos 0, apparu pour la première fois au Salon de Turin 1970. Avec son look vintage, le chef-d’œuvre de Marcello Gandini suscite toujours de l’intérêt auprès des amoureux d’automobiles. Cela relève du grand art.

On peut ajouter à cet événement les participations du LCF à Automédon (Bourget) ou Epoqu’Auto (Lyon).

Quel avenir?

Par le passé, la marque a réussi à s’imposer sur le marché en devenant aussi populaire que Mercedes et en brillant dans le sport automobile. Hélas, elle a aussi traversé des épreuves avec de nombreuses crises qui n’ont jamais entamé sa combativité. Aujourd’hui, si la firme de Turin ne renouvelle pas sa citadine Ypsilon, il ne restera plus que la mémoire des années passées où Lancia rimait avec plaisir. Le flambeau sera alors donné à tous ces fans qui se chargeront d’entretenir le souvenir pour le transmettre à la nouvelle génération. Espérons que cela n’aille pas jusque là et que Lancia survive un siècle de plus.

Pour rejoindre le club

Il vous suffit de télécharger le bulletin d’adhésion disponible sur le site Internet (rubrique le LCF) puis de le renvoyer accompagné de votre chèque à l’adresse indiquée.

En contrepartie, vous recevrez toutes les prestations qu’un club de voitures anciennes peut donner, ainsi qu’une publication régulière sur Internet intitulée « La Lettera » et une page info sur l’actualité Lancia (bi-mensuel).

www.lanciaclubfrance.com http://www.lanciaclubfrance.com/

Texte :Romain Orry

A retrouver dans Pleins-Phares sur fajet.net (ou 94.2 FM Nancy) le premier vendredi du mois à 17h00.

Photos: LCF

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