De la De Dion-Bouton IV à la Renault 4 GTL Clan : une collection guidée par la passion
Renault Dauphine 1957

De la De Dion-Bouton IV à la Renault 4 GTL Clan : une collection guidée par la passion

Passion transmise de génération en génération, souvenirs de famille, mécaniques préservées dans leur état d’origine… Derrière chaque voiture ancienne se cache une histoire humaine. Dans cette interview, nous partons à la rencontre d’un collectionneur passionné dont le garage raconte à lui seul une partie de l’histoire automobile française et européenne. De la rare De Dion-Bouton IV à la populaire Renault Dauphine, en passant par une atypique DAF 55 Coupé ou encore une émouvante Peugeot 403 familiale, il nous ouvre les portes de son univers fait de transmission, de patrimoine et de passion authentique. Une rencontre sincère avec un amateur pour qui les anciennes sont avant tout « des machines à remonter le temps ».

– Depuis quand êtes-vous passionné par les voitures anciennes ?

Mon père est passionné et collectionneur de voitures anciennes. J’ai dû faire ma première sortie en voiture ancienne à l’âge de 3 mois. J’ai toujours été passionné par les voitures anciennes. D’abord et presque exclusivement par les véhicules d’avant 1914 (sans doute parce que mon père était organisateur d’un rallye annuel dans notre Club toulousain), puis mon intérêt s’est porté sur l’ensemble des véhicules anciens.

–  D’où vous vient cette passion : familiale, personnelle, un déclic particulier ?

C’est mon père qui m’a transmis cette passion. Je l’aidais à bricoler quand j’étais petit sur ses voitures anciennes et il m’emmenait d’un rassemblement à l’autre assez régulièrement.

–  Pouvez-vous nous présenter les voitures que vous possédez aujourd’hui ?

J’ai la chance d’avoir une De Dion Bouton IV de 1923 que mon père et moi avons acquise en 2017. Elle a appartenu à René Berte qui est le concepteur de Monoplaces du même nom (avec son père Désiré Berte) en 1948 et qui a participé, entre autre, au Bol d’Or. C’est le fils de René Berte qui nous a vendu cette voiture … qui est dans son état d’origine. Seule la peinture de caisse a été refaite par l’ancien propriétaire. Nous pouvons dire qu’il s’agit aujourd’hui d’une 2e main.

J’ai aussi une Renault Dauphine de 1957. Mon père l’avait acheté en 1995 à son premier propriétaire (le père d’un de ses collègues). La voiture a toujours été stocké soigneusement dans un garage ce qui lui donne une patine exceptionnelle car elle est , elle aussi, dans son état d’origine. Mon père me l’a cédée en 2021.

La Peugeot 403 de 1961 appartenait à mon grand-père qui l’a acheté en 1962. Mon père l’a récupérée en 1986 (mon grand-père achètera alors sa 3e et dernière voiture : une Peugeot 309). Aujourd’hui il s’en sert presque plus et j’ai donc le plaisir de pouvoir la conduire. J’ai des souvenirs de quand j’étais enfant où mes grand-parents me transportaient dans cette 403. Il va s’en dire qu’elle est, à nouveau, totalement dans son état d’origine.

Ma Daf 55 coupé de 1970 est un choix volontaire d’avoir, à la fois, une voiture mal aimée et une voiture atypique. C’est la seule de mes voitures qui a été restaurée. Je l’ai depuis 2022. C’est toujours très déroutant de la conduire avec son système de transmission avec embrayage centrifuge, variateurs et courroies. Je m’amuse à dire souvent que c’est la plus européenne de mes voitures : moteur français (Renault Cléon), ligne italienne (design Michelotti) et marque néerlandaise.

Enfin, ma Renault 4 GTL Clan de 1988, qui, elle aussi, est totalement d’origine. Elle appartenait à ma marraine qui me l’a offerte en 2018. C’est donc aussi une 2e main qui totalise à ce jour que 70 000 km.

–  Pourquoi avoir choisi une De Dion-Bouton de 1923 ?

La marque De Dion Bouton est une marque qui a eu un rôle très important dans l’histoire de l’automobile française mais aussi internationale. Avec Peugeot et Panhard & Levassor, il fait partie des pionniers des constructeurs automobiles français. Par le côté visionnaire du Marquis de Dion et par l’esprit créatif de l’ingénieur Bouton, la marque a su se développer rapidement en mettant au point un moteur monocylindre robuste et fiable qui a motorisé de nombreus constructeurs qui voulaient se lancer dans l’aventure sans avoir les moyens de produire un moteur comme Renault ou Delage (mais aussi plein de petit constructeur provinciaux) mais aussi outre Atlantique avec la première Harley-Davidson ou encore outre Manche avec Rolls-Royce. De Dion Bouton était, avant 1914, le premier constructeur mondial. Il a été aussi le premier constructeur a proposé un véhicule « bon marché » avec son modèle « Populaire » en 1903. Pour tous ces aspects de la marque, je ne pouvais que m’intéresser à elle.

–  Qu’est-ce que vous ressentez lorsque vous conduisez une voiture aussi ancienne ?

En 1923, De Dion Bouton proposait des voitures de conception beaucoup plus moderne que la concurrence (comme Citroën). Et c’est le cas pour la mienne : moteur culbuté de 1800 cm³, boite de vitesses à 4 rapports en H… alors que les autres constructeurs n’avaient que des moteurs à soupapes latérales ou encore des boites à 3 rapports. Comme je dis toujours, c’est une véritable machine à remonter le temps : un réel plaisir de la conduire. C’est une voiture pour la balade : pour prendre son temps et profiter du paysage à une vitesse de croisière de 60/70 km/h. Son fonctionnement impressionne toujours les gens.

–  La Dauphine de 1957 est un modèle emblématique : qu’est-ce qui vous plaît particulièrement sur cette voiture ?

Le modèle que j’ai, est de mai 1957. C’est une période de transition pour la Dauphine : elle perd ses roues à jantes étoiles pour avoir des roues à voile plein. Elle est équipé du chauffage Sofica. Mais elle a encore les vieux dossiers fins  des sièges avants du type 4CV. Enfin elle a des baguettes d’ornementation de série spécifique à la période Janvier/Septembre 1957. Sa couleur (rare) d’origine Rouge Corail la rend d’autant plus charmante.

C’est une voiture « joueuse » : il faut faire attention à bien la connaître car une erreur de conduite vous conduira dans le meilleur des cas en tête à queue ou dans le pire sur le toit.

–  Avez-vous des souvenirs ou anecdotes liés à cette Dauphine ?

Le premier souvenir qui me vient c’est lorsque j’étais lycéen, ma voiture était tombé en panne. Alors mon père ma confié la Dauphine pour que je puisse aller au lycée.

–  La DAF 55 coupé de 1970 est assez atypique. Comment l’avez-vous découverte ? Qu’est-ce qui vous séduit le plus dans ce modèle, notamment avec son système Variomatic ?

J’aime les véhicules atypiques (j’ai eu pendant 20 ans une Citroën Ami6) et aussi les véhicules boudées. C’est le cas pour la Daf. A chaque fois que je participe à un rassemblement avec, j’ai toujours quelqu’un qui me dit qu’il avait une tante qui en avait une. La Daf pâtit d’une mauvaise réputation : voiture pour personne handicapé, mutilé de guerre ou encore grand-mère qui ne sait pas conduire. C’est injuste car c’est une mignonne petite voiture. La 55 coupé a l’avantage d’être dessinée par Micheletti (Alpine, Alfa-Roméo, Ferrari,…) et la version coupé lui donne une allure très dynamique. Moteur Cléon 1100 cm³ de chez Renault poussé à 50 ch permet à la voiture d’avoir un bon rythme de conduite. Au final, les gens ne pensent jamais à cette marque mais quand ils la voient, ils la trouvent toujours mignonne. Le système « Variomatic » (dénomination par Daf de la boite CVT) est aussi très amusante à utiliser mais aussi déroutante au début. On peut presque conduire tout le temps sans utiliser la pédale de frein.  Ce qui me surprend toujours c’est lorsque je me cale à 50 km/h et à cette vitesse, le variateur agit : la voiture accélère et le régime moteur baisse, et cela de manière très progressive.

–  Vous possédez également une R4 GTL Clan de 1988. Quelle place occupe-t-elle dans votre collection ?

Je reconnais que c’est une voiture vers laquelle je ne me serais pas dirigé spontanément si on ne me l’avait pas donnée. Je la trouvais un peu trop récente par rapport à mes autres voitures. Mais comme il s’agit d’une voiture de famille. Et aujourd’hui je m’y suis attaché comme à mes autres voitures. Je participe à des rassemblements de Youngtimers avec.

–  Est-ce une voiture que vous utilisez régulièrement ?

J’essaie de la faire rouler autant que possible. Avec mon club de voitures anciennes, lorsqu’une sortie correspond à son âge, j’y participe. Mais elle n’est pas chez moi, mais dans ma famille dans le sud donc il m’est difficile de la faire rouler régulièrement.

–  La Peugeot 403 a une histoire familiale particulière. Pouvez-vous nous raconter son parcours ?

Cette 403 est de 1961. Elle a appartenu à un monsieur qui aurait fait un AVC. Mon grand-père l’a acheté en 1962 à 10 000 km. Il roulait avant avec une Renault Celtaquatre. Il gardera cette 403 jusqu’en 1986 où il achètera sa Peugeot 309 Profil. Il aura parcouru avec près de 180 000 km. Mon père la récupère alors pour lui permettre de passer une retraite au calme. Elle totalise aujourd’hui 190 000 km. Après une période de sommeil, nous l’avons sortie de sa torpeur en 2017 pour le mariage de ma cousine. Mon père m’a alors laissé le volant pour que je puisse conduire ma cousine. Ainsi mes grand-parents (décédés) étaient présents au travers de la 403 au mariage de leur petite-fille.

–  Que représente cette voiture pour vous aujourd’hui ?

Elle reste un patrimoine familiale. Elle reste l’image de mon grand-père. Il était connu dans sa ville (Langon) pour ses fonctions d’instituteur mais aussi d’adjoint au maire, mais il l’était aussi pour sa 403… qui détonnait un peu dans le parc automobile dans les années 80.

–  Est-ce différent de conduire une voiture chargée d’autant de souvenirs ?

Elle fait partie du patrimoine familiale et cela engage. Vis à vis de la famille et par respect pour mes grand-parents. Après, le plaisir reste le même qu’avec mes autres voitures.

–  Entretenir plusieurs voitures anciennes demande du temps : comment vous organisez-vous ?

J’ai la De Dion Bouton et la 403 chez mes parents et c’est mon père qui s’en occupe avec un ami à lui. Pour la 4L, le deal a été que ma marraine puisse continuer à s’en servir et c’est donc elle qui fait l’entretient. Pour la Dauphine et la Daf, je peux m’occuper de l’entretien simple.

–  Faites-vous vous-même la mécanique ou passez-vous par des spécialistes ?

Pour tout ce qui est mécanique, je préfère la confier à un ami garagiste qui fera un travail de bien meilleur qualité de moi. Et je suis plus rassuré de savoir que c’est bien fait.

–  Quelle est la voiture à laquelle vous êtes le plus attaché émotionnellement ? Pourquoi ?

C’est compliqué à dire car elles ont toutes un lien de près ou de loin avec la famille. Je les apprécie toute à leur niveau avec leurs qualités et leurs défauts.

–  Y a-t-il un modèle que vous rêveriez d’ajouter à votre collection ?

J’en ai plusieurs mais ça serait compliqué de toutes les avoirs. J’aimerais avoir une De Dion Bouton « Populaire », une Clément Bayard des années 1910, une Renault Frégate, une Simca 6 ou encore une Aronde Grand Large. Mais aussi d’autres…

–  Avez-vous déjà participé à des rassemblements ou événements de voitures anciennes ?

Je participe avec plaisir à des rassemblements tant statiques que dynamiques. C’est l’occasion de rencontrer des passionnés et de partager sur nos voitures. Mais c’est aussi l’opportunité de rencontrer des curieux qui ne connaissent pas trop les anciennes. C’est alors un plaisir d’échanger avec eux et de peut-être susciter l’envie d’avoir aussi une ancienne.

–  Que vous apporte cette passion au quotidien ?

Pour le quotidien, rien en particulier. Je sépare ma vie quotidienne de ma passion. Mais lorsque je suis dans une de mes autos, alors j’oublie le quotidien. Mais quand j’étais enfant, l’histoire de l’automobile m’a permis de comprendre certains aspects de l’histoire de France. Elle a eu une fonction de vecteur historique.

– Quel rôle jour les réseaux sociaux et notamment Instagram dans cette passion ?

J’ai créé un compte instagram dédié à ma passion. J’ai eu la chance d’échanger avec des personnes que je ne connaissais pas et certains sont devenus des amis. J’ai aussi créé deux petits groupes de discussion pour échanger sur des conseils et combines pour restaurer et entretenir nos anciennes.

–  Si vous deviez résumer en une phrase ce que représentent les voitures anciennes pour vous, que diriez-vous ?

Nos anciennes sont des machines à remonter le temps.

Pour conclure cette rencontre, on comprend rapidement que les voitures anciennes ne sont pas seulement des objets mécaniques. Elles sont des témoins d’une époque, des fragments d’histoire et parfois même des héritages familiaux chargés d’émotion. À travers sa De Dion-Bouton IV, sa Renault Dauphine, sa Peugeot 403 ou encore son étonnante DAF 55 Coupé, notre passionné nous rappelle que chaque ancienne possède une âme et une histoire à transmettre. Une passion sincère, nourrie par les souvenirs, le partage et le plaisir simple de prendre la route autrement. Car finalement, comme il le résume si bien, « nos anciennes sont des machines à remonter le temps ».

Photos Dauphine et Compagnie Droits réservés

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