Mazda 787B : la légende qui a fait rugir le moteur rotatif au Mans
Mazda 787B : la voiture qui a changé l’histoire des 24 Heures du Mans
Certaines voitures dépassent leur simple statut de machine de compétition pour devenir de véritables icônes. La Mazda 787B appartient à cette catégorie très fermée. Avec sa livrée orange et verte aux couleurs de Renown et surtout son incroyable moteur rotatif hurlant à plus de 9 000 tr/min, elle est devenue l’une des voitures les plus mythiques de l’histoire de l’endurance.
Le 23 juin 1991, elle entre définitivement dans la légende en remportant les 24 Heures du Mans, offrant à Mazda une victoire historique qui résonne encore aujourd’hui auprès des passionnés.

Un rêve poursuivi pendant près de vingt ans
Mazda ne s’est pas imposée au Mans par hasard. Dès les années 1970, le constructeur japonais considère l’épreuve mancelle comme le meilleur laboratoire pour démontrer la fiabilité de son moteur rotatif.
Les premières participations sont modestes, mais chaque édition apporte son lot d’enseignements. Les prototypes 717C, 727C, 757, 767 puis 787 permettent progressivement au constructeur d’améliorer la puissance, la consommation et surtout la fiabilité de sa technologie.
En 1991, après 17 années d’efforts, Mazda engage trois prototypes 787B avec un objectif simple : terminer la course sans commettre la moindre erreur.
Le fabuleux moteur R26B
Si la Mazda 787B fascine autant, c’est avant tout grâce à son moteur.
Sous sa carrosserie se cache un R26B, un moteur rotatif à quatre rotors de 2,6 litres de cylindrée théorique.
Ses caractéristiques restent impressionnantes :
- 4 rotors
- 700 ch à 9 000 tr/min
- près de 608 Nm de couple
- admission à longueur variable
- poids particulièrement réduit
- absence de pistons alternatifs
Cette mécanique produit une sonorité absolument unique, mélange de hurlement métallique et de cri strident, immédiatement reconnaissable parmi toutes les voitures de course.
Encore aujourd’hui, beaucoup considèrent le son du R26B comme le plus beau jamais entendu sur un circuit.

Une voiture conçue pour l’endurance
Contrairement à certaines concurrentes beaucoup plus puissantes, la Mazda 787B ne misait pas uniquement sur la vitesse.
Les ingénieurs ont privilégié :
- une excellente répartition des masses
- une aérodynamique très stable
- des freins carbone
- une consommation maîtrisée
- une fiabilité exceptionnelle
Le châssis monocoque en fibre de carbone et Kevlar permettait d’obtenir une voiture légère tout en restant extrêmement rigide.
Les 24 Heures du Mans 1991
Face aux Mercedes-Benz, Jaguar, Peugeot, Porsche et Nissan, Mazda n’était pas favorite.
La voiture n°55 est confiée à :
- Johnny Herbert
- Volker Weidler
- Bertrand Gachot
La stratégie est simple : éviter les erreurs, préserver la mécanique et maintenir un rythme constant.
Pendant que plusieurs favoris abandonnent sur problèmes mécaniques, la 787B continue d’enchaîner les tours sans faiblir.
Après 362 tours parcourus (4 923 km), elle franchit la ligne d’arrivée en première position.
Mazda devient alors :
- le premier constructeur japonais à remporter les 24 Heures du Mans ;
- le seul constructeur à avoir gagné l’épreuve avec un moteur rotatif.

Une victoire bâtie sur la fiabilité
Contrairement à une idée largement répandue, la Mazda 787B n’était pas la voiture la plus rapide du plateau.
Sa victoire repose principalement sur :
- une mécanique extrêmement fiable ;
- une consommation bien maîtrisée ;
- très peu d’arrêts imprévus ;
- une stratégie de course parfaitement exécutée.
Après l’arrivée, le moteur démonté par Mazda présentait une usure étonnamment faible, preuve du remarquable travail réalisé par les ingénieurs.

Pourquoi la 787B n’a-t-elle jamais couru de nouveau ?
Beaucoup pensent que la Mazda 787B a été interdite parce qu’elle avait gagné.
La réalité est différente.
À partir de 1992, le règlement des 24 Heures du Mans évolue vers des moteurs atmosphériques de 3,5 litres à quatre temps, alignés sur la réglementation de la Formule 1 de l’époque. Cette évolution met fin à l’éligibilité des moteurs rotatifs en endurance, tout comme elle écarte d’autres architectures moteur. La victoire de la 787B est donc arrivée lors de la dernière année où cette technologie pouvait concourir dans ce cadre réglementaire.
Une icône devenue éternelle
Trente-cinq ans après son exploit, la Mazda 787B continue d’enflammer les foules lors de chacune de ses apparitions au Mans Classic ou dans les grands rassemblements historiques.
Son design flamboyant, sa bande-son incomparable et son histoire en font l’une des voitures de course les plus admirées de tous les temps.
Pour beaucoup de passionnés, elle incarne parfaitement l’esprit du Mans : l’audace technologique, la persévérance et la victoire obtenue grâce à l’intelligence plutôt qu’à la seule puissance.

Fiche technique Mazda 787B
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Année | 1991 |
| Catégorie | Groupe C |
| Moteur | Mazda R26B 4 rotors |
| Cylindrée | 654 cm³ × 4 rotors |
| Puissance | 700 ch |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte | 5 rapports |
| Poids | Environ 830 kg |
| Châssis | Monocoque carbone/Kevlar |
| Victoire au Mans | 1991 |
| Pilotes | Johnny Herbert, Bertrand Gachot, Volker Weidler |

La Mazda 787B n’est pas seulement une gagnante des 24 Heures du Mans. Elle est devenue le symbole de la créativité technique de Mazda et de l’audace du moteur rotatif. Son succès de 1991 reste l’un des plus grands exploits de l’histoire du sport automobile et continue d’inspirer des générations de passionnés. Son cri mécanique, unique et inimitable, résonne encore aujourd’hui comme l’une des plus belles mélodies jamais entendues sur le circuit de la Sarthe.
Luca SEGARD
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