CD-PANHARD TYPE LE MANS 1964

CD-PANHARD TYPE LE MANS 1964 – La Soucoupe filante

CD-PANHARD TYPE LE MANS 1964

La soucoupe filante

CD-PANHARD TYPE LE MANS 1964

CD-PANHARD TYPE LE MANS 1964 – La Soucoupe filante. Loin des pistes où elle se posa un temps, Rétropassion sort des archives l’une des deux célébrissimes CD-Pandard le Mans 64, châssis n° 1. L’autre prototype a été exposé au Musée de l’Automobiliste de Mougins, aujourd’hui fermé. Notre exemplaire a connu divers propriétaires.

CD-PANHARD TYPE LE MANS 1964

Associé à René Bonnet, Charles Deutsch commence à travailler sur des modèles de courses dès 1936, année où ils créent leur marque DB. Mais en 1962, suite à une séparation difficile, René Bonnet se rapproche de Renault pour les moteurs, tandis que Charles Deutsch reste attaché à Panhard. Il s’installe à Puteaux et produit ses propres prototypes sous la marque de son bureau d’étude Seca-CD (Société d’études et de construction automobile Charles Deutsch). Réputé pour ses études sur l’aérodynamique liée au comportement routier et pour son art d’utiliser la traction avant lors des compétitions, il réalise avec son équipe un prototype plus profilé que les versions 62. Conçu en stratifié, muni de deux dérives avec un fantastique Cx de O,12, ce modèle est équipé d’un moteur Panhard de 850 cm3 légèrement suralimenté par un surpresseur. Cet élément permet surtout d’obtenir une cylindrée corrigée de 1 190 cm3, car le nouveau règlement des 24 Heures refuse alors les autos de moins de 1 000cm3. La boîte de vitesses ZF dispose de cinq rapports. Une structure rigide, un guidage de roues précis et une aérodynamique très pointue compensent la modeste puissance de la mécanique. Le châssis, très léger, composé d’une poutre centrale de forte section, se développe en berceau tubulaire autour du bloc moteur et se révèle suffisamment rigide. Il subit avec succès de nombreux essais contraignants, tel ceux effectués sur le circuit routier de Montlhéry.

CD-PANHARD TYPE LE MANS 1964
La recherche d’un Cx faible donne une ligne à la fluidité impressionnante.

Une équipe (aéro)dynamique

CD-PANHARD TYPE LE MANS 1964
CD-PANHARD TYPE LE MANS 1964

Charles Deutsch, polytechnicien, diplômé des Ponts et Chaussées et de Supélec, s’entoure d’une équipe de techniciens de haut-niveaux sous la direction de Robert Choulet, ainsi que de pilote comme Bertaut, responsable des essais sur circuit, et Guilhaudin, tous deux vainqueurs à l’indice de performance au Mans e 1962, aux volants des CD 62. La voiture n° 45 de notre article se voit confiée à l’équipage Lelong/Verrier pour les 24 Heures du millésime 1964. Le principal travail s’axe sur la tenue de route et l’aérodynamique de la voiture. Les objectifs visés sont clairement définis : très faible traînée, portance nulle et centre de poussée transversal au voisinage de centre de gravité, optimisé par l’adoption de deux ailerons légèrement vrillés. La faible résistance à l’air s’obtient grâce à une conception de carrosserie très enveloppante, avec les roues avant et arrière judicieusement carénées. Lors des essais sur sol sec, le véhicule démontre une tenue de route impeccable, le vent latéral n’ayant aucune influence sur les conditions de conduite. Les dérives assurent une grande maniabilité, même à des vitesses élevées, aussi bien dans les courbes que dans les épingles.

Les premiers essais utilisaient un volet horizontal entre les deux dérives. Si cette solution ne fut pas immédiatement retenue, le bureau d’études Seca-CD allait y revenir dans les années 70 sur les Porsche 917.
CD-PANHARD TYPE LE MANS 1964

En piste pour l’indice!

CD-PANHARD TYPE LE MANS 1964
CD-PANHARD TYPE LE MANS 1964

La seule véritable préoccupation des techniciens vient du fait que la voiture sous-vire fortement sur sol mouillé. On trouve la solution au problème en augmentant la bande de roulement des pneumatiques. La CD atteint facilement les 220 km/h sur la ligne droite des Hunaudières, sa vitesse reste trop insuffisante en regard de la concurrence. Toutefois, c’est surtout sa bonne tenue de route qui lui permet de jouer dans la cour des grands et de tenir la cadence des Ferrari, Ford et autres bolides dans les parties sinueuses du circuit, comme Maison-Rouge. Malheureusement, elle doit abandonner vers 2 h 30 du matin, suite à une panne de transmission. L’autre CD-Panhard, la n° 44, avait déjà déclaré forfait à la 10é heure, du fait d’un piston grippé. Les CD ont été les dernières voitures semi-officielles à mécanique Panhard en course aux 24 Heures du Mans. La firme de la porte d’Ivry commence à battre de l’aile et ne peut plus aider Charles Deutsch au développement de ces protos. Néanmoins elles participeront à quelques épreuves et l’on reverra notre modèle lors d’une rétrospective des 24 Heures ainsi qu’au centenaire de la marque en 1991.

Lors des 24 Heures de 1966, la CD n°45 est confiée à l’équipage Lelong/Verrier (photo d’archive).

Sortie de l’ombre

Il est à parier que l’on pourra revoir cette voiture un jour sur des circuits, certains souvenirs fabuleux resurgiront de la mémoire de nombreux spectateurs, heureux de voir revivre l’une des œuvres de Charles Deutsch, grand précurseur en matière d’aérodynamisme automobile. Ses études , dotées pour la plupart de motorisations Panhard, comme en 62 et 64, DKW en 63, Alfa Romeo en 65 (CD Grac), Peugeot en 66 (CD Peugeot), devaient déboucher sur les prototypes des Porsche 917 longue queue et Can-Am, puis Alfa Romeo 3 litres dans les année 70. Mais ceci est encore une autre histoire…

CD-PANHARD TYPE LE MANS 1964

Un ingénieux ingénieur

CD-PANHARD TYPE LE MANS 1964
CD-PANHARD TYPE LE MANS 1964

Robert Choulet a été l’un des piliers du bureau d’études Seca-CD. Grâce à lui, tout fut possible. Ancien élève de Centrale puis de l’école des moteurs, cet ingénieur de haut niveau, aérodynamicien de talent, se trouva à la base de bien des projets. Sa signature reste attachée aux grands noms de la compétition. Il a notamment travaillé sur la Matra 640 qui devait, lors de ses premiers essais, décoller sur une bosse et sortir de la route, blessant gravement son pilote, Henri Pescarolo. Sur décision de Jean-Luc Lagardère, le projet fut abandonné pour raison de sécurité. En 1971, Robert Choulet de retour chez CD développa l’aérodynamique des Porsche Cana, d’une puissance de 1 000ch, et de l’Alfa Romeo 33 TT 12 de 3 litres en 1973. On le retrouva ensuite lié à la 905 Peugeot, victorieuse au Mans et, plus récemment, sur les Jordan F1. Toutes ces voitures ont pu être conçues du fait de l’ensemble des recherches aérodynamiques, y compris celles effectuées sur l’effet de sol, dont on retrouve les prémices sur les fonds plats adoptés par les CD-Panhard 64.

Vue fantôme nous permettant de remarquer la structure très légère du châssis de la CD. La présence des deux roues de secours était rendue obligatoire par le réglement (dessin d’archive).
La mécanique Panhard est d’une fiabilité à toute épreuve. Petite entorse à l’originale: les bobines d’allumage proviennent d’une 2CV. Seuls manquent à l’appel la boîte à air étanche et le suppresseur.
CD-PANHARD TYPE LE MANS 1964
L’accessibilité mécanique se voit grandement facilitée par un ensemble monobloc probablement inspiré par les PL17. Les carénages de roues arrières amovibles permettent également d’intervenir rapidement sur les changements de pneumatiques.

CD-PANHARD TYPE LE MANS 1964

Fiche technique

Prototype CD-Pandard Type le Mans 1964 / Châssis n° 1

-Période de fabrication

1964, 2exemplaires construits.

-Motorisation

Moteur : Panhard bicylindre à plat opposé

850 cm3, alésage x course (mm) : 85 x 75

Puissance réelle : 70 ch à 6 700 tr/mn

Distribution : culbuté, 1 arbre à cames central

2 soupapes par cylindre

Refroidissement : air forcé par turbine

Allumage : batterie/bobine HT/rupteur

Alimentation : 2 carburateurs Zénith 38 NDIX double-corps soufflés par surpresseur Sferma

CD-PANHARD TYPE LE MANS 1964

Châssis / Suspension / Freinage

Châssis : poutre centrale

Carrosserie : stratifié fibre de verre

Cx : 0,12

Suspensions : à roues indépendantes guidées par quadrilatères transversaux, amortisseurs télescopiques et ressorts hélicoïdaux

Freins : Girling hydraulique à disques sur les 4 roues

Les vitres en plexiglass ne possèdent pas de cadres, elles sont maintenues par deux petits raidisseurs les empêchant de se décoller de la carrosserie à haute vitesse. La partie ouvrante sactionne par un astucieux système à ressorts.

-Transmission

Transmission : aux roues avant

Boîte de vitesses : manuelle ZF à 5 rapports et M.A, embrayage mono disque à sec

Pneumatique : Prototype Michelin

-Performances

Vitesse maxi : plus de 220 km/h

CD-PANHARD TYPE LE MANS 1964

Textes et photos: Cyril de Plater

Photos archives, DR

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